BD : Jeremiah 18 : Ave Caesar


Scénario et dessins d’Hermann
Mai 1995 – 48 pages
Éditeur : Dupuis Repérages - dupuis.com

Régulièrement, au rythme d’un album par an, le dessinateur Hermann nous invite à découvrir étape par étape les moindres recoins d’une Amérique future en pleine décrépitude. Ici point d’apocalypse mondiale ou de guerre thermonucléaire globale, les extrêmes tensions entre les différentes communautés ethniques d’un melting pot américain défaillant ont tout simplement dégénéré en un vaste conflit interracial. L’Amérique s’est alors rapidement transformée en un nouveau far-west, que d’avides aventuriers tentent de reconquérir en utilisant les ressources des temps anciens et quelques reliques de l’ère technologique.


Cette fois, Jeremiah et Kurdy Malloy nous conduisent à la découverte d’une petite ville qui essaie de résister à l’envahisseur romain. Il y a là de quoi en perdre son latin. Mais c’est bel et bien la situation que Jeremiah et Kurdy rencontrent sur leur chemin : une ville assiégée par des centurions romains dotés d’armes automatiques et d’un char au canon destructeur. Face à un tel outil de dévastation la Milice, dernier vestige d’une autorité fédérale sur le déclin, fait piètre figure. Elle commet l’erreur de prendre nos deux voyageurs pour des espions les entraînant alors, malgré eux, dans une nouvelle aventure.


En dix-huit albums, Hermann a déjà utilisé à plusieurs reprises le thème du despote dérangé, que ce soit le tyran amoureux de ses aigles dans
La nuit des rapaces (1979) ou bien le divin J.P. Wang-Schmitz et ses fidèles adorateurs dans Boomerang (1984). Ici, c’est Caesar qui sème violence et destruction dans un désir de conquête inextinguible. Se prenant pour un véritable empereur romain, il utilise pourtant la puissance de feu d’un char d’assaut moderne pour maintenir la ville voisine dans un état de terreur, tandis que son professeur particulier lui souffle à l’oreille les quelques mots de latin qu’il bafouille devant ses troupes. On peut même regretter qu’Hermann n’ait pas poussé plus avant la folie de son Caesar qui se contente de quelques centurions, d’une petite orgie et de quatre crucifiés.
Ce qui sauve cet album d’un profond sentiment d’ennui et de déjà-vu, c’est l’humour que lui insuffle Hermann : une certaine distanciation tout d’abord, un tyran caricatural bien évidemment et enfin une petite dose de comique de répétition avec les interventions aussi réitérées qu’inattendues d’un individu à la recherche d’un réparateur de pendule à coucou. Et bien sûr, il y a le dessin d’Hermann, sa mise en page et sa mise en couleurs toujours aussi réussis.
Ainsi, ce dix-huitième album ne peut certainement pas être considéré comme le meilleur de la série, mais il reste cependant un agréable moyen de passer le temps en attendant une nouvelle aventure de Jeremiah plus forte, dans la droite ligne d’Un cobaye pour l’éternité (1981) ou d’Afromerica (1982).

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