Scénario et dessins d’Hermann
Août 2004 – 48 pages
Éditeur : Dupuis Repérages - dupuis.com
Comme il le fait avec une régularité exemplaire, au rythme d’un album par an depuis 1979, tout en menant d’autres projets en parallèle comme sa série médiévale Les Tours de Bois-Maury et divers one-shot souvent scénarisés par son fils Yves H., Hermann nous propose de suivre les nouvelles péripéties post-apocalyptiques de ses héros, Jeremiah et Kurdy.
Une fois encore, ils sont nos guides dans ce futur proche qui n’est pas sans rappeler certains westerns, même si les motos y remplacent les chevaux. Et c’est justement parce qu’ils sont pratiquement à court d’essence pour leurs montures mécaniques que Jeremiah et Kurdy se trouvent embringués dans cette nouvelle aventure. En échange de carburant, Percy, le chef d’un groupe de cinq voyageurs perdus dans une forêt vitrifiée et menacés par d’énigmatiques assaillants, leur propose de jouer les escortes. Bien évidemment, ce n’est là qu’un prétexte pour Hermann afin de nous faire découvrir toute une galerie de personnages complexes dont Jeremiah et Kurdy, tout comme les lecteurs, ne découvrent les secrets que petit à petit à travers la barrière des mensonges et des non-dits.
On ne peut que constater que, depuis quelques albums, Hermann délaisse la simple exploration de ce monde d’après au profit d’études de caractères. De La nuit des rapaces jusqu’à Cousin Lindford, l’auteur prenait ainsi le temps de faire découvrir les diverses façons dont la population des États-Unis avait évolué au sein de communautés plus ou moins isolées. Il pouvait ainsi mettre en évidence les travers et les dérives de notre société dans des histoires aussi intenses qu’Afromerica ou Un cobaye pour l’éternité. Mais, depuis quelques volumes, Hermann s’intéresse nettement moins à la description ce monde et entraîne ses deux héros dans des aventures qui doivent plus au polar et au thriller qu’à la science-fiction post-apocalyptique. Les trois derniers albums parus, Un fusil dans l’eau, Qui est Renard bleu? ou Le dernier diamant, sont à cet égard tout à fait symptomatiques de cette évolution. Et, dans un décor plus classique, Et si un jour… la Terre pourrait fort bien appartenir au genre policier avec ce frère, Percy, qui sort sa sœur, Agatha, des griffes d’une secte, contre la volonté de cette dernière, pour préserver leur héritage et aussi avec ce tueur revenu d’entre les morts (et échappé des pages de Cousin Lindford) en quête de vengeance.
Cependant, en courant plusieurs lièvres à la fois, le scénario d’Hermann perd de sa puissance. Quarante-six planches ne sont pas suffisantes pour mener de front plusieurs intrigues telles que la destinée d’Agatha/Tamara, la vengeance du tueur sans nom et la revanche de Mère Nature par l’intermédiaire de la forêt vitrifiée. Encore une fois, c’est le dessin d’Hermann qui, par sa maîtrise graphique et son incomparable travail sur la couleur, transforme ce polar teinté d’écologie en un album à lire et à apprécier case après case.
Arrivé au terme de cette histoire, qui encore une fois ne rapporte que plaies et bosses à Jeremiah et Kurdy, et laisse plusieurs morts, dont Percy et la plupart de ses compagnons, sur le terrain, on ne peut que se demander si le personnage encore mystérieux d’Agatha va refaire parler de lui dans un prochain album que l’on ne peut qu’attendre avec impatience.




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