BD : Pandamonia tome 1 : Chaos bestial


Scénario d’Ennio Ecuba et Vincenzo Lauria – Dessins de Vincenzo Cucca - Couleurs de Mirka Andolfo
Avril 2011 – 48 pages
Éditions Drugstore - glenat.com/drugstore/pandamonia-tome-01-9782723477420

Menacée de disparition par une baisse constante et irréversible de natalité, l’espèce humaine n’a été sauvée de la catastrophe que par les innovations de la société Erosgen spécialisée en génétique. Afin de compenser la baisse de libido des hommes et des femmes, il a ainsi suffi d’incorporer au matériel génétique humain des éléments provenant d’espèces animales. Aussi surprenant et dérangeant qu’il soit, le mélange permet ainsi à l’humanité de survivre et de se développer à nouveau, même si la part animale semble prendre le dessus sur l’homme. C’est dans ce monde, en 2315, que vit Vanessa, une charmante fille-panda, traquée par les sbires d’Erosgen comme par les terroristes de la Congrégation de l’Eucalyptus. En effet, Vanessa serait, sans le savoir, le modèle parfait d’équilibre entre l’homme et l’animal.


Mélanger hommes et animaux est un thème classique de la science-fiction depuis
L’Île du docteur Moreau d’Herbert George Wells, publiée en 1896. On retrouve également des animaux ayant forme et intelligence humaines dans le sous-peuple qui hante les œuvres de Cordwainer Smith et son cycle des Seigneurs de l’Instrumentalité initié en 1928. On croise également très régulièrement des hybrides hommes-animaux dans les pages de nombreuses bandes dessinées : kangourou mutant dans Tank Girl (d’Alan Martin et Jamie Hewlett) ; hybrides combattants d’Elephantmen (de Richard Starkings et Moritat) ; Chevaliers de Wundagore et autres créations mi-animales mi-humaines du Maître de l’Évolution qui apparaissent de temps à autre dans les comics marveliens ; …


Dans
Pandamonia, la frontière homme-animal est traitée avec une certaine malice par le trio Eccuba, Lauria et Cucca (auquel il faut ajouter Mirka Andolfo pour une très efficace mise en couleurs et Pierre Frigau pour la traduction de l’Italien). Privilégiant l’action, ils entraînent ainsi le lecteur dans un monde où il ne semble pas surprenant de croiser un rhinocéros faisant partie des commandos de la police ou bien une fille-puma jouant les hôtesses de bar, et où un passant ayant 100 % de gènes humains apparaîtrait comme une réelle exception. L’avenir sexuel et violent décrit par Eccuba, Lauria et Cucca n’est pas sans rappeler, dans un genre légèrement différent, celui exposé par Barbara Canepa et Alessandro Barbucci dans la série Sky-Doll (publiée par les Éditions Soleil), les poupées synthétiques y remplaçant les créations génétiques d’Erosgen. Deux séries qui, à travers des simulacres d’êtres humains, ne font finalement que poser de bonnes questions sur la violence, l’amoralité ou l’immoralité d’une espèce humaine qui s’est longtemps prétendue créée à l’image de Dieu et qui joue sans vergogne avec les prérogatives de ce dernier.
Ce premier tome de Pandamonia séduit l’œil par la qualité de ses dessins, les charmes souvent non dissimulés de ses héroïnes, mais aussi parce qu’il parvient à titiller l’esprit en s’interrogeant sur les limites que l’humanité ne devrait pas franchir, même si sa survie est en jeu.

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