BD : La Saga de Kabur tome 1 : L’exil


Scénario de Claude J. Legrand – Dessins de Luciano Bernasconi – Couverture de Ladrönn
Juin 2009 – 54 pages
Editions Hexagon Comics - hexagoncomics.com/kabur.html

Victime d’un maléfique complot orchestré par Sham le magicien, Kabur, prince de Thulé, est condamné à l’exil par son propre père, le roi Sharon. Errant désormais sans but, celui qui était, il y a peu, l’héritier d’un royaume, va faire des rencontres et va devoir faire des choix qui engageront son avenir. Ainsi, après avoir sauvé un paysan des griffes d’un ours terrifiant, Kabur découvre que son village est régulièrement rançonné par des pillards. Il pourrait fort bien abandonner ces hommes et ces femmes à leur triste sort, mais son sens de l’honneur et son esprit de justice conduisent le prince déchu à proposer son aide aux villageois désarmés.


Né en 1975, le personnage de Kabur fait partie de cette longue liste de guerriers barbares nés du succès de la version BD des aventures de
Conan the Barbarian. Adapté au format comic book par le scénariste Roy Thomas et le dessinateur Barry Windsor-Smith (auquel succédera rapidement John Buscema), chez Marvel Comics, en 1970, ce héros, issu de l’imagination fertile du romancier texan Robert E. Howard (1906-1936), a ainsi connu de nombreux « clones », plus ou moins éphémères. Sans être exhaustif, on peut citer : Kull the Conqueror de Roy Thomas et Ross Andru, d’après un autre personnage créé par Robert E. Howard (Marvel Comics, 1971), Thongor, Warrior of Lost Lemuria de George Alec Effinger et Val Mayerik, inspiré des romans de Lin Carter (Marvel Comics, 1973), Wulf the Barbarian de Larry Hama (Atlas Comics, 1975), Ironjaw de Michael Fleisher et Mike Sekowsky (Atlas Comics, 1975) et Claw the Unconquered de David Michelinie et Ernie Chan (DC Comics, 1975).
Au milieu de cette foultitude barbare, le principal intérêt de Kabur est d’être une création purement européenne, fruit de la collaboration du scénariste français Claude J. Legrand et du dessinateur italien Lucas Bernasconi, pour les Éditions lyonnaises Lug. Malheureusement pour Kabur, le magazine trimestriel qui lui est dédié ne trouve pas son public. Il disparaît ainsi prématurément après cinq numéros qui ne permettent pas de connaître l’épilogue de la saga du prince exilé.
Fort heureusement, cette injustice est finalement réparée dans les années 2000 lorsque Thierry Mornet, Jean-Marc Lofficier et leur équipe ressuscitent la quasi-totalité du Lug-universe, dont le fier Kabur, au sein des diverses publications Semic. Et c’est encore Jean-Marc Lofficier qui, depuis 2009, propose une réédition intégrale des aventures de Kabur, dans une collection de douze albums, publiée sous son label Hexagon Comics, avec la collaboration des Éditions du Taupinambour et du Coffre à BD.
Ce sont donc les deux premiers chapitres de l’histoire de Kabur que l’on retrouve, sous une couverture inédite de José Ladrönn (Final Incal), dans ce tout premier tome de la Saga de Kabur.


Présentées en noir et blanc, les quelque quarante-quatre planches d’aventures de Kabur mettent en évidence la finesse du trait de Luciano Bernasconi qui, d’une certaine façon, s’oppose à la puissance d’un John Buscema dessinant Conan. Quant à l’histoire du prince de Thulé imaginée par Claude J. Legrand, elle peut sembler simpliste et a, par moment, un parfum de déjà-vu. Ainsi, l’intrigue de la seconde histoire de Kabur présentée dans cet album fait-elle irrésistiblement penser aux
Sept samouraïs d’Akira Kurosawa ou aux Sept mercenaires de John Sturges.
Cependant, le personnage créé par Legrand et Bernasconi parvient sans peine à démarquer de son modèle américain qui, au premier abord n’est qu’un mercenaire barbare et un aventurier sans attache, tout en force et en brutalité. De noble naissance, mais héritier déchu, Kabur mène une véritable quête qui le conduira peut-être à la rédemption. Son pire ennemi n’étant autre que son jumeau maléfique, il doit faire preuve d’une redoutable intelligence pour le vaincre dans l’espoir de reconquérir son honneur perdu.
Orchestré par Jean-Marc Lofficier, ce superbe travail de réédition permet de redécouvrir pour certains ou de découvrir pour le plus grand nombre un héros qui aurait très bien pu rivaliser avec Conan.
 

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