BD : 1985


Scénario de Mark Millar – Dessins et couleurs de Tommy Lee Edwards
Mai 2009 – 155 pages
Panini Comics – Collection 100 % Marvel

Depuis le divorce de ses parents, le jeune Toby Goodman se console en dévorant les aventures des super-héros des Marvel Comics. Il sait bien que toutes ses lectures ne sont que pure fiction, pourtant, lorsqu’il aperçoit, à la fenêtre de la maison voisine, la silhouette d’un homme qui ressemble étrangement à Crâne Rouge, l’ennemi juré de Captain America, Toby a bien l’impression que réalité et imaginaire sont en train de se rencontrer et qu’il en est l’un des témoins privilégiés.


Scénariste de
1985, Mark Millar fut, pendant longtemps, l’un des membres les plus discrets de la bande d’auteurs britanniques qui redynamisa le petit monde des comics, dans les années 90. Débordant d’idées novatrices, ces scénaristes venus d’Angleterre (Warren Ellis, John Smith, Steve Moore, Pat Mills), d’Irlande (Garth Ennis, Peter Milligan) ou d’Écosse (John Wagner, Alan Grant, Grant Morrison, Mark Millar), souvent débauchés de 2000AD l’hebdomadaire de Judge Dredd, étaient alors embauchés par Marvel et DC pour donner un coup de fouet aux titres publiés depuis des lustres par ces deux vénérables maisons d’édition. Le but était bien évidemment de réitérer grâce à eux les succès critiques et commerciaux réalisés par un certain scénariste anglais nommé Alan Moore qui venait, pour DC Comics, d’assurer l’éclatante résurrection de Swamp Thing (1984-1987) et de démontrer, avec ses Watchmen (1986-1987), que les comic books de super-héros pouvaient aborder des sujets sérieux capables de captiver un large public au-delà des jeunes adolescents habituels cœur de cible de ce type de publications.
L’Écossais Mark Millar débute donc sa carrière américaine comme coscénariste, avec Grant Morrison, de plusieurs séries de DC Comics : Swamp Thing (1994-1996), Aztek : The Ultimate Man (1996-1997) et The Flash (1997-1998). Mais, c’est sa reprise de The Authority (2000-2001), série créée par Warren Ellis et publiée sous le label Wildstorm, qui permet définitivement à Mark Millar de se faire un nom dans le monde des comics. Et, c’est donc à l’aube des années 2000, qu’il devient réellement un scénariste incontournable et participe ainsi, chez Marvel Comics, à la création de Ultimate X-Men (2001-2004) et de The Ultimates (2002-2004). Il collabore ensuite à la saga Civil War (2006-2007) et crée, en 2006, les Marvel Zombies dans un arc scénaristique d’Ultimate Fantastic Four (2004-2006). En 2008, il signe, en parallèle, de nouvelles aventures des Fantastic Four (2008-2009) et de Wolverine (l’excellentissime cycle « Old Man Logan » - 2008-2009), sans oublier, bien évidemment, les six épisodes de 1985.


Même si elle porte le sceau Marvel Comics et renvoie aux
Guerres secrètes qui occupaient les super-héros marvelliens à l’époque, 1985 appartient définitivement à l’univers de Mark Millar. On retrouve ainsi, dans cette série quelques-uns des thèmes récurrents de l’œuvre que le scénariste développe à travers ses diverses productions. Millar se plaît à placer un personnage tout à fait ordinaire dans des situations extraordinaires. C’est bien évidemment le cas de Toby Goodman, ce gamin fan de comics, qui croise la route des super-vilains et des super-héros de l’univers Marvel. Dans Wanted, autre série vedette de Mark Millar (publiée, entre 2003 et 2005, par Top Cow Comics, et adaptée au cinéma par le réalisateur russe Timur Bekmambetov en 2008, avec James McAvoy, Morgan Freeman et Angelina Jolie dans les rôles principaux), c’est Wesley Gibson, un banal employé de bureau, qui découvre qu’il existe des super-criminels dans un monde sans super-héros. Et, dans Kick-Ass (série paraissant depuis 2008 sous le label Icon de Marvel Comics, également adaptée sur grand écran par le cinéaste anglais Matthew Vaughn, en 2010, avec Aaron Johnson et Nicolas Cage), c’est Dave Lizewski, un autre gamin, également fan de comics, qui décide de devenir un super-héros, pour affronter les criminels, alors qu’il n’a pas le moindre pouvoir.
À travers ces trois œuvres mises en images par des dessinateurs différents, respectivement Tommy Lee Edwards (1985), J.G. Jones (Wanted) et John Romita, Jr. (Kick-Ass), Millar envisage le monde des super-héros selon trois angles totalement distincts. Sans être le plus original, puisque Marvel a déjà présenté un monde sans super-héros dans la série limitée Powerless publiée en 2004, celui de 1985 n’est cependant pas le moins intéressant. Ainsi, l’incursion de super-vilains aux pouvoirs terrifiants dans la petite ville tranquille où vit Toby éloigne radicalement cette série du monde coloré des super-héros et la rend plus inquiétante, voire plus effrayante, surtout lorsque l’action se passe dans un monde réel, superbement rendu par le trait réaliste d’Edwards. Dans cette réalité, la mort est définitive. Mais on retrouve tout l’optimisme des comics traditionnels lorsque Toby plonge dans le monde des super-héros, subtilement mis en images et en couleurs de manière différente par Edwards, à la recherche de celui qui pourra sauver sa famille, sa ville et son monde.
En convoquant les plus célèbres des super-vilains et des super-héros Marvel, Mark Millar démontre également, à travers les six épisodes de 1985, tout son amour pour cette bande dessinée américaine populaire et efficace. Au final, Millar livre avec 1985 une histoire qui sait se faire accrocheuse jusqu’aux ultimes planches avec un happy end très marvellien.
 

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