BD : Anticyclone


Scénario, dessins et couleurs d’Étienne Davodeau
Août 2000 – 56 pages
Delcourt - editions-delcourt.fr

Affréteuse pour les transports Doublet, Nina est ce qu’on appelle une grande gueule et traiter les clients de « vieille peau » n’est peut-être pas le meilleur moyen de conserver son emploi. Castor est chauffeur pour les transports Doublet, il est prêt à tout pour voir son CDD transformé en CDI, même à jouer les espions pour le patron, quitte à trahir ses collègues de travail. Samuel Faure est le directeur des ressources humaines des transports Doublet, ce n’est pas un mauvais homme, mais il a bien du mal à gérer des individus tels que Nina et Castor.


Étienne Davodeau est à la bande dessinée ce que les frères Dardenne sont au cinéma, ce sont des explorateurs du quotidien qui s’attachent au destin de quelques individus pour mettre en lumière les carences de notre société moderne. Même s’ils utilisent la fiction pour atteindre leur but, ils ont une véritable démarche de documentalistes, de sociologues, voire même d’ethnologues. Ils éclairent un problème de société et laissent à leurs lecteurs ou spectateurs une entière liberté de réflexion.
Avec Anticyclone, Étienne Davodeau nous fait découvrir deux individus, Nina et Castor, prêts à toutes les extrémités pour conserver un emploi, même s’il ne s’agit que d’un poste de technicien de surface. L’auteur ne les juge pas, il se contente de nous les présenter, un peu trop sommairement peut-être, ce qui permet de comprendre un petit peu mieux leurs motivations et leurs actions excessives.
Anticyclone n’a rien d’une comédie, c’est une bande dessinée réaliste, ancrée dans le quotidien. Toute son action se déroule sous un ciel gris qui participe à l’ambiance morose qui marque cet album et sous une pluie omniprésente qui se révélera être un acteur majeur du drame en préparation.


Anticyclone
est le second volume d’une trilogie baptisée « Un monde si tranquille » où Étienne Davodeau, sans utiliser de personnage récurrent, explore successivement et très localement le monde de la politique avec La Gloire d’Albert (1999), du travail avec cet Anticyclone et du sport avec Ceux qui t’aiment (2002). Il y a bien évidemment un point commun entre ces trois ouvrages qui présentent tous un monde si tranquille qui, d’un seul coup, dérape sans que cela n’entraîne de gros bouleversements si ce n’est dans la vie de quelques individus. Dans Anticyclone, Nina et Castor vont ainsi aller jusqu’à enlever et séquestrer Samuel Faure, le seul qui, à leurs yeux, peut sauver l’un d’eux du chômage. Un acte désespéré qui, s’étant produit un week-end, passe totalement inaperçu et serait presque sans conséquence s’il ne survenait un dramatique accident.
Avec des personnages un peu trop caricaturaux (le gentil M. Faure, le teigneux Castor,…), Anticyclone n’est certainement pas le meilleur Davodeau. Ce dernier nous a amplement démontré, avec son récent diptyque Lulu femme nue (2008 et 2010), qu’il savait pénétrer le cœur et l’âme de ses personnages. Et si la fin d’Anticyclone n’est pas des plus satisfaisante, c’est peut-être parce que la vie elle-même peut se révéler très insatisfaisante. Cependant, de par son sujet, cet album d’Étienne Davodeau reste diablement d’actualité.

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