Scénario,
dessins et couleurs d’Étienne Davodeau
Août
2000 – 56 pages
Delcourt - editions-delcourt.fr
Affréteuse
pour les transports Doublet, Nina est ce qu’on appelle une grande gueule et
traiter les clients de « vieille peau » n’est peut-être pas le
meilleur moyen de conserver son emploi. Castor est chauffeur pour les
transports Doublet, il est prêt à tout pour voir son CDD transformé en CDI,
même à jouer les espions pour le patron, quitte à trahir ses collègues de
travail. Samuel Faure est le directeur des ressources humaines des transports
Doublet, ce n’est pas un mauvais homme, mais il a bien du mal à gérer des
individus tels que Nina et Castor.
Étienne
Davodeau est à la bande dessinée ce que les frères Dardenne sont au cinéma, ce
sont des explorateurs du quotidien qui s’attachent au destin de quelques
individus pour mettre en lumière les carences de notre société moderne. Même
s’ils utilisent la fiction pour atteindre leur but, ils ont une véritable
démarche de documentalistes, de sociologues, voire même d’ethnologues. Ils
éclairent un problème de société et laissent à leurs lecteurs ou spectateurs
une entière liberté de réflexion.
Avec
Anticyclone, Étienne Davodeau nous
fait découvrir deux individus, Nina et Castor, prêts à toutes les extrémités
pour conserver un emploi, même s’il ne s’agit que d’un poste de technicien de
surface. L’auteur ne les juge pas, il se contente de nous les présenter, un peu
trop sommairement peut-être, ce qui permet de comprendre un petit peu mieux
leurs motivations et leurs actions excessives.
Anticyclone n’a rien d’une comédie, c’est une bande dessinée
réaliste, ancrée dans le quotidien. Toute son action se déroule sous un ciel
gris qui participe à l’ambiance morose qui marque cet album et sous une pluie
omniprésente qui se révélera être un acteur majeur du drame en préparation.
Avec
des personnages un peu trop caricaturaux (le gentil M. Faure, le teigneux
Castor,…), Anticyclone n’est
certainement pas le meilleur Davodeau. Ce dernier nous a amplement démontré,
avec son récent diptyque Lulu femme nue
(2008 et 2010), qu’il savait pénétrer le cœur et l’âme de ses personnages. Et
si la fin d’Anticyclone n’est pas des
plus satisfaisante, c’est peut-être parce que la vie elle-même peut se révéler
très insatisfaisante. Cependant, de par son sujet, cet album d’Étienne Davodeau
reste diablement d’actualité.




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