BD : Ceux qui t’aiment


Scénario, dessins et couleurs d’Étienne Davodeau
Octobre 2002 – 48 pages
Delcourt - editions-delcourt.fr

Star du ballon rond, Thierry Toumermeulen, surnommé Titou par ses nombreux supporters, est un sportif accompli, un jeune homme charmant et un type formidable. La preuve, il vient d’accepter de jouer les invités-surprises pour l’anniversaire d’Adrien, le mari très malade de Colette, qui est un fan absolu de ses exploits sportifs. Il ne sait pas que cette bonne action va le plonger au milieu du plus horrible des faits divers, puisqu’il va être enlevé, maltraité, retenu contre son gré et échangé contre une rançon.


Après
La Gloire d’Albert (1999) et Anticyclone (2000), Étienne Davodeau termine l’exploration d’« Un monde si tranquille » avec cette histoire qui entraîne ses lecteurs dans l’univers du sport. On peut cependant remarquer que Davodeau, fin portraitiste de la société et surtout des petites gens, ne cherche pas à rendre réaliste le microcosme du ballon rond. Sympathique caricature d’un footballeur vedette, son Titou, fabuleux avant-centre du FCE, renvoie ainsi tout autant à Zinédine Zidane qu’à Tintin puisque le dessinateur dote tout à la fois son personnage d’une discrétion de caractère rappelant le célèbre avant-centre de l’équipe des Bleus et d’une houppette digne du personnage d’Hergé.
Puis, tout au long de cet album, le scénariste et dessinateur délaisse quelque peu le sportif enfermé et malmené pour s’intéresser à cet homme qui pense se venger de l’employeur qui l’a licencié en enlevant Titou contre une rançon « d’un million de francs… en euros » (Pascal), à ces gens ordinaires prêts à tout pour avoir une place pour le grand match (les Bertin père et fils) ou à ce vieil homme totalement dépassé par les évènements, mais qui fait face (Adrien).


Ce n’est finalement que dans les ultimes pages de
Ceux qui t’aiment qu’Étienne Davodeau livre sa conclusion sans concession sur le monde du football professionnel lorsque, au terme de cette aventure traumatisante, Titou se rend compte qu’au cours de sa carrière, il a été « vendu, acheté, prêté, échangé, volé maintenant » et qu’il décide de ne plus être une marchandise, d’en terminer avec les supporters, les journalistes et les sponsors. Un discours suffisamment convaincant pour que son ami Renaud, gardien de but du FCE, se mette à douter lui aussi.
Avec une narration totalement maîtrisée, du début jusqu’à la fin de cet album, Étienne Davodeau croque quelques-uns de ces personnages hauts en couleurs que l’on peut croiser aux abords d’un stade de foot et livre, sans avoir l’air d’y toucher, une très intéressante réflexion sur le monde du sport professionnel.

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