BD : Chute de vélo


Scénario, dessins et couleurs d’Étienne Davodeau
Avril 2004 – 80 pages
Dupuis - dupuis.com

Accompagnée par son mari, Clément, ses enfants, Jean et Sarah, sans oublier le petit cousin Jimmy, Jeanne se rend à la maison de sa mère qui est à l’abandon depuis que cette dernière est hospitalisée. Avant que cette propriété ne soit mise en vente, la vieille dame a le droit de passer quelques jours en famille et c’est son fils, Simon, qui vient la chercher.
Après avoir fait dans la chronique sociale avec Rural ! (2001) et s’être essayé au polar du même genre avec sa trilogie Un monde si tranquille : La gloire d’Albert (1999), Anticyclone (2000) et Ceux qui t’aiment (2002), Etienne Davodeau invite ses lecteurs à découvrir ce qui semble n’être qu’une simple tranche de vie familiale.


Avec ses accents doux amers, si elle était destinée au cinéma ou à la télévision, une telle histoire entrerait très certainement dans la catégorie comédie dramatique. Cependant, même s’il se révèle beaucoup moins documentaliste que dans certains de ses albums précédents, Davodeau conserve une approche sociologique, presque ethnologique, de la famille qu’il propose de découvrir dans cette Chute de vélo. On peut noter, au passage, que la chute de vélo du titre n’est pas forcément celle qui attend le petit Jean qui apprend, avec certaines difficultés, à maîtriser sa bicyclette.
A travers les personnages somme toute très ordinaires de cette grand-mère qui perd doucement la mémoire et la santé, de ses deux enfants qui s’inquiètent pour elle et de ses petits-enfants qui ne comprennent pas grand chose au drame du quotidien qui est en train de se nouer, Davodeau nous montre toutes les petites dissensions familiales, les inévitables conflits de génération et le sombre secret qui hante Toussaint, l’ami fidèle et omniprésent de la famille.


A cette dimension purement familiale, Davodeau ne peut s‘empêcher d’ajouter un brin de critique sociale à travers le regard des trois enfants qui observent les rapports tendus qui existent entre le maçon et son apprenti travaillant dans la maison d’en face. Néanmoins, cette relation difficile entre un petit chef et son subordonné, où l’apprenti apparaît comme la tête de turc de son aîné colérique et foncièrement injuste, est un moyen pour Etienne Davodeau afin d’attirer l’attention de ses lecteurs sur ce vieux maçon aigri et sur le vide abyssal qui l’habite depuis qu’il a perdu sa femme dans un incendie.
Pleinement maîtrisé, le dessin de Davodeau participe totalement au réalisme de cette histoire de famille. L’auteur n’enjolive ni le physique, ni l’âme de ses personnages et laisse, grâce à des couleurs pastel, un certain calme et une réelle sérénité dominer les soixante-seize planches de cette Chute de vélo.
Publié au sein de l’excellente collection Aire libre des Editions Dupuis, cet album d’Etienne Davodeau côtoie les contributions de Christophe Blain, Blutch, Cosey, Jean-Claude Denis, Jean-Pierre Gibrat, Paul Gillon, Hermann, Didier Tronchet, …, un voisinage qui n’est en rien dû au hasard.

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