BD : Le Constat


Scénario, dessins et couleurs d’Étienne Davodeau
Avril 1996 – 100 pages
Dargaud - dargaud.com

Vincent file sur l’autoroute pour rejoindre Anne, sa fiancée, à l’autre bout du pays. Ce faisant, il tente un pari risqué car il est dans les emmerdes jusqu’au cou. Ingénieur au chômage, il s’est acoquiné avec une bande de trafiquants et l’arrière de son break déborde de matériel volé. Poursuivi par ses complices furieux et prêts à tout pour récupérer leur marchandise, Vincent va faire d’étranges rencontres sur sa route, à commencer par Abel, un vieil homme qui vient de s’évader de sa maison de retraite.


Dans
Le Constat, Etienne Davodeau fait se rencontrer des gens ordinaires, Vincent, un ingénieur sans emploi, Abel, un retraité en cavale, Rose, une auto-stoppeuse professionnelle, et quelques autres, pour leur faire vivre des histoires qui appartiennent au quotidien, même s’il faut bien convenir que l’histoire de Vincent lorgne franchement du côté des faits divers, à la limite de la rubrique judiciaire. En effet, le scénariste et dessinateur aime à faire vivre à ses personnages des évènements qui bouleverseront leur vie à jamais, sans que cela ne vienne pour autant bouleverser le reste du monde.
Etienne Davodeau se plait ainsi à analyser le caractère de ses personnages en se servant des rencontres qu’il les amène à faire tout au long de cette sa longue route, les uns servant de catalyseurs aux autres et réciproquement. A ce jeu, Vincent, qui devrait être le personnage principal de cet album, se fait définitivement voler la vedette par Abel dont on découvre, par touches successives, le passé, le présent et l’absence d’avenir.


Quatrième album de la fort jolie bibliographie d’Etienne Davodeau,
Le Constat permet de voir que le futur auteur de Lulu femme nue (2008 et 2010) n’a pas encore atteint une totale plénitude graphique. Dans Les Amis de Saltiel, trois albums publiés entre 1992 et 1994, on sent l’influence, consciente ou inconsciente, de quelques auteurs désormais classiques, plutôt adeptes de la ligne claire. Ainsi, on peut suivre, dans cette trilogie, les aventures d’un personnage, le Saltiel du titre, qui, graphiquement, pourrait être un proche cousin du Luc Leroi de Jean-Claude Denis. Pour Le Constat, le dessin de Davodeau évolue, mais semble parfois hésiter entre différentes inspirations : un peu de Loustal pour ses ambiances faites de couleurs, un brin de Ferrandez pour son trait précis et efficace, sans oublier quelques personnages qui semblent s’être échappés de la série Condor d’Autheman et Rousseau.
Conçu comme un road movie, avec trois personnages centraux : Vincent, Abel et Rose, Le Constat manque un peu de rigueur dans la narration pour rivaliser avec les meilleurs albums de Davodeau. Après une centaine de pages, la fin ouverte de cette aventure peut également déstabiliser plus d’un lecteur. Il n’en reste pas moins que l’auteur parvient sans peine à captiver son lectorat sur toute la longueur de cet album paru, aux Editions Dargaud, dans la collection Long Courrier, alors dirigée par Guy Vidal.

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