Scénario de
Jean-Luc Istin et Nicolas Pona – Dessins de François Gomès –
Couleurs de Stambecco
Avril
2008 – 48 pages
Soleil
Productions - terresdesienn.com
Dans
l’espoir de reconquérir son royaume perdu, le Roi Sadwin parcourt le monde à la
recherche de l’ossuaire de Yarlig, une relique dont la puissance lui permettra
de vaincre les félons qui ont anéanti son clan et volé ses terres. Semant mort,
terreur et destruction sur son passage, le roi nain ne sait pas que le hasard a
mis deux aventuriers, Laam la demi-elfe et Frözen le dernier des ogres, sur la
piste de ce trésor aux pouvoirs incommensurables.

Comme
tous les premiers épisodes, ce premier tome de Terres de Sienn a l’inconvénient d’être dans l’obligation de devoir
présenter l’ensemble des personnages de la saga en gestation. Et, comme il
s’agit d’une aventure de fantasy, il lui faut aussi se livrer à une très
didactique exploration de son univers tout à la fois extravagant et respectueux
de certains codes du genre. Les premières pages de cet album laissent
d’ailleurs craindre une approche bien trop classique pour emporter l’adhésion
des lecteurs, pourtant, à y bien regarder, le monde imaginé par Jean-Luc Istin
(Merlin) et Nicolas Pona (La 6ème heure) n’est pas aussi
traditionnel qu’il y paraît. Terres de Sienn
s’éloigne ainsi des éternels clichés du genre en ajoutant, outre une bonne dose
d’humour, une ambiance western plutôt surprenante à travers les décors
superbement composés par François Gomès (Les
Contes du Korrigan), au dessin, et Bruno Stambecco (La Quête du Graal), à la mise en couleurs. En outre, le personnage
de Laam, la demi-elfe, participe totalement à cet esprit Far West avec son
costume plus influencé par la mode du 19e siècle que par celles du
Moyen Âge et avec sa manière très particulière de gagner sa vie en arnaquant
les habitants des villages qu’elle croise sur sa route.

Au
côté de cette très charmante demi-elfe, on trouve un autre personnage classique
de la fantasy, l’ogre. Cependant, alors qu’à l’habitude les membres de sa race
sont présentés comme des êtres stupides et belliqueux, Frözen apparaît comme un
individu extrêmement cultivé et doté d’une grande intelligence. Et, s’il a
certaines tendances suicidaires et noie son éternelle mélancolie dans l’alcool,
c’est parce qu’il est le dernier de sa race, ce qui permet, à son grand dam, à
la belle Laam de l’utiliser pour ses fructueuses combines. Enfin, ultime héros
de cette quête, le Roi Sadwin n’est pas présenté comme le plus sympathique des
nains, même si graphiquement il ne peut que rappeler un autre guerrier nain
célèbre, Gimli de la trilogie du Seigneur
des anneaux version Peter Jackson, il semble n’être qu’un tueur sans pitié,
prêt à tout pour recouvrer ce qu’il considère comme son légitime héritage. On
peut cependant remarquer que la violence graphique du récit est contrebalancée par
un humour qui, sans être débridé, est très présent, notamment dans les
dialogues très modernes de cette quête d’apparence médiévale et fantastique,
sans parler de ce tête en l’air de Mage. Introduction
à un univers plus original qu’il n’y paraît, l’avenir de Terres de Sienn ne dépend que la capacité de ses auteurs à
maintenir ce subtil équilibre entre humour et action, en jonglant entre un
nécessaire respect des règles du genre et une indispensable quête d’originalité.
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