BD : Minus


Scénario, dessins et couverture de Rica
Janvier 2012 – 64 pages
Éditeur : Drugstore - glenat.com/bd/collections/drugstore
Le blog de Rica : charkyyy.free.fr/blog/

Même si son père l’a baptisé Minus, il n’est pas à plaindre. Il a un boulot qui ne lui prend pas la tête et qui lui laisse tout le temps de se livrer à son sport favori : mater les filles. En effet, Minus est un véritable obsédé sexuel, mais il a un gros problème, car il a une trouille bleue des femmes. Ainsi, il n’a jamais pu construire la moindre relation durable avec une fille, si ce n’est avec les poupées en silicone qu’il commande sur Internet et qu’il se fait livrer à l’adresse de son « enculé » de voisin lorsque ce dernier est absent.


Après une première apparition au sommaire des
Premières fois (Delcourt, 2008), scénarisées par Sibylline ; un art-book de la collection 12/16 (Charrette, 2008) ; et la mise en images d’E dans l’eau (Drugstore, 2009), une aventure tarantiniesque en diable écrite par Antoine Ozanam, Rica, dessinateur bordelais, nous entraîne dans ses univers. Malgré une couverture qui fleure bon le fantastique, Rica nous invite à suivre le quotidien d’un jeune homme cynique et arrogant qui passe ses journées à faire semblant de travailler sans même faire l’effort de mémoriser le nom de ses collègues qu’il baptise de surnoms humiliants comme Crétinette ou Monsieur Crocodile.


Noir et puissant, jouant parfois avec quelques distorsions peu anatomiques (mais totalement volontaires), le dessin de Rica, qui n’est pas sans rappeler celui de Mezzo (
Le Roi des mouches), convient parfaitement à cette sombre chronique. Glandeur, branleur et antipathique au possible, le dessinateur ne prend pas de gants pour décrire un être aussi exécrable qu’insignifiant. Sans jamais chercher à le rendre sympathique, sans même expliciter ou justifier le comportement de Minus, il en fait un personnage attachant malgré (ou à cause) de ses déviances. Et si l’album se termine sur une sorte de happy end, celui-ci reste d’une grande instabilité, car basé sur les mensonges ou les non-dits de Minus.
À travers le portrait de cet obsédé asocial qu’est Minus, Rica fait la démonstration d’une réelle maîtrise du texte et d’un savoir-faire dans la narration graphique qui font de lui un jeune auteur à suivre, même si son travail est à réserver à un public averti.

Commentaires