Scénario
de Loïc Dauvillier – d’après le roman de Yasmina Khadra (Editions Julliard,
2005) – Dessins et couleurs de Glen Chapron
Septembre
2012 – 152 pages
Glénat
– glenat.com
Le
docteur Amine Jaafari est un chirurgien respecté de l’hôpital de Tel-Aviv.
D’origine arabe, il a choisi la voie de l’intégration et est devenu, si l’on en
croit ses papiers d’identité, Israélien. Sa vie bien organisée dérape
complètement lorsqu’il reçoit un coup de téléphone pour examiner le corps
déchiqueté d’une kamikaze qui vient de tuer une vingtaine de personnes dans un
attentat-suicide. Le ciel lui tombe sur la tête quand il reconnaît, au milieu
des restes sanglants de la terroriste, le visage de son épouse, Sihem.

Après
avoir adapté, pour les Éditions Delcourt, les aventures d’Oliver Twist de Charles Dickens et Le Tour du monde en 80 jours de Jules Verne, Loïc Dauvillier
récidive en faisant sien le roman de Yasmina Khadra. Fidèle à l’œuvre originale,
le scénariste conserve les éléments essentiels du livre, faisant des cent
cinquante et une planches de cette bande dessinée un véritable roman graphique.
On retrouve donc dans L’Attentat
version BD la quête d’une vérité introuvable, celle d’un homme qui découvre
qu’il ne connaissait pas les convictions et les pensées de la femme qui
partageait sa vie. Il se rend également compte que sa nationalité israélienne
n’est qu’une illusion lorsque, pour ses voisins, il devient le mari de la
kamikaze. Sa volonté de comprendre l’entraîne au cœur du danger et lui fait
prendre conscience des extrémismes irréconciliables qui animent, dans une
succession de répressions et de représailles, certains Israéliens et tout
autant de Palestiniens. Pourtant, l’espoir existe et sa rencontre avec un vieil
ermite lui permet de remarquer que « tout Juif de Palestine est un peu
arabe et aucun Arabe d’Israël ne peut prétendre ne pas être un peu juif ».
Le
dessin et la mise en couleurs de Glen Chapron sont en accord parfait avec le
sujet âpre et prenant de L’Attentat. On
suit ainsi, à travers son trait acéré, la déchéance physique d’Amine, en proie
au doute et au questionnement le plus affreux, jusqu’à sa quasi-résurrection
lorsqu’il retrouve une famille qu’il avait perdue de vue pour mener sa carrière
de chirurgien à Tel-Aviv. On peut également apprécier le joli clin d’œil graphique
donné par le biais du personnage du vitrier.
Évitant
tout manichéisme, le roman de Yasmina Khadra constituait un témoignage poignant
sur le conflit israélo-palestinien. Avec leur adaptation BD, Loïc Dauvillier et
Glen Chapron ont réussi à conserver l’esprit de ce roman et l’on ne peut que souhaiter
à leur bande dessinée le même sort que ce best seller tiré, dit-on, à plus de
600 000 exemplaires.
Glen
Chapron et Loïc Dauvillier étaient en dédicace le samedi 29 septembre 2012 à la
librairie Mollat à Bordeaux.
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