BD : Ciel en ruine tome 5 : Eden Hôtel



Scénario de Philippe Pinard – Dessins et couleurs de Olivier Dauger

Juillet 2012 – 48 pages
Éditeur : Éditions Paquet, collection Cockpit – paquet.li/bd/

Même s’il a miraculeusement échappé à la mort lors du crash de son Messerschmitt Me 262, Nikolaus Wedekind a été sérieusement blessé et, du fait de graves brûlures, est inapte au combat. Profitant de cette convalescence forcée dans la capitale du IIIe Reich en ruines, bombardée jour et nuit par les forces aériennes anglo-américaines, il visite les lieux où son défunt frère, a séjourné, bien décidé à en apprendre plus sur l’as de la Luftwaffe qu’était Johannes Wedekind, avant qu’il ne passe un pacte avec Satan.


Avec ce cinquième tome de Ciel en ruine, Philippe Pinard et Olivier Dauger apportent une sombre conclusion à leur saga mêlant histoire et fantastique, tout en laissant une fin ouverte qui permet d’envisager de nouvelles aventures de Nikolaus Wedekind dans un futur plus ou moins proche. Pourtant, lors de la parution du premier tome de cette série, en 2007, il n’était pas évident que cette pénultième version du mythe faustien adaptée à la sauce aéroguerrière parvienne à s’imposer. Cependant, la qualité du scénario de Pinard et la ligne claire totalement maîtrisée de Dauger ont rapidement convaincu nombre de lecteurs permettant à cette série d’entrer dans le Top 10 des ventes à chacune de ses sorties, rivalisant ainsi avec les best-sellers que sont Largo Winch, Blake et Mortimer ou Lucky Luke.

En offrant le rôle principal de sa série à un jeune pilote allemand, Philippe Pinard s’éloigne radicalement des modèles classiques de la bande dessinée d’aviation que pouvaient être les Buck Danny (de Jean-Michel Charlier et Victor Hubinon, Éditions Dupuis en 1948), Dan Cooper (d’Albert Weinberg, Le Lombard en 1954) et Tanguy et Laverdure (de Charlier et Albert Uderzo, Éditions Dargaud en 1961). Il se démarque également de l’Enemy Ace (de Robert Kanigher et Joe Kubert, DC Comics en 1965), lequel s’attache au destin d’un as de la Première Guerre mondiale, tandis que Ciel en ruine suit les premiers pas d’un bleu au cœur empli de doutes quant aux combats qu’il doit mener. L’ajout d’une dose de fantastique n’a rien de totalement innovant pour qui a eu l’occasion de lire quelques aventures de The Haunted Tank (de Kanigher et Russ Heath, DC Comics en 1961), mais le choix du très germanique pacte avec Méphistophélès et son intégration totale à la narration se révèle des plus judicieux.


Pour sa part, Olivier Dauger dessine avec un réel souci du détail les différents types d’avions s’affrontant dans le Ciel en ruine, à commencer par les surprenants Messerschmitt Me 262 Schwalbe, premiers avions de chasse à réaction à avoir combattu dans les cieux de la Seconde Guerre mondiale (déjà mis en vedette dans une histoire du magazine Blazing Combat, signée Archie Godwin et Wally Wood, en 1966). Sa ligne claire, qui s’affirme au fil des cinq volumes de ce Ciel en ruine, contrebalance la noirceur du scénario qui mêle le destin tragique d’un pays et celui d’un homme.

Histoire sans héros, Ciel en ruine déjoue les codes de la bande dessinée d’aviation classique et entraîne ses lecteurs dans une ambiance de fin du monde, celle du IIIe Reich et de l’Allemagne nazie, avec un réel respect du récit historique agrémenté d’un soupçon de fantastique.
Olivier Dauger était en dédicace le samedi 3 novembre 2012 à la librairie Mollat à Bordeaux.

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