BD : Ermo tome 6 : Mort à Madrid


Scénario, dessins et couleurs de Bruno Loth
Février 2013 – 66 pages
Éditeur : Libre d’Images - libredimages.fr

Alors que le bruit des canons fascistes s’approche dangereusement de Barcelone, Sidi et Luz décident d’emmener Ermo et les autres enfants loin du front, à la campagne, dans ce petit village de Catalogne où habite leur ami Chico. Mais la guerre civile ne connaît pas d’innocents et la mort frappe, injuste et insupportable l’un des enfants qu’ils pensaient avoir mis à l’abri. Pendant ce temps, Durriti et sa colonne marchent sur Madrid menacée par l’avancée franquiste.


Contant en parallèle la petite histoire d’Ermo et de ses compagnons de route et la grande Histoire de la Guerre d’Espagne avec le personnage charismatique de Buenaventura Durruti, Bruno Loth amène sa saga faite de noir et de rouge à son terme. Si, d’une certaine manière, son récit se termine bien puisqu’il se conclut sur le retrait des troupes de Franco en novembre 1936, il s’agit bien évidemment d’une éphémère victoire à la Pyrrhus puisque la mort, le malheur et l’injustice ont frappé plus d’une fois au long des soixante-trois planches de cette ultime aventure d’Ermo.
On peut remarquer qu’alors que Bruno Loth donnait le visage d’Ermo à la Guerre d’Espagne, d’autres auteurs de bandes dessinées revisitaient cette période sombre de l’Histoire. Ainsi, pas moins d’une dizaine de titres ont été publiés ou bien réédités (notamment la trilogie No Pasaran des aventures de Max Fridman, le héros de Vittorio Giardino), permettant à certains de se livrer à une bénéfique introspection à l’image de Julio Ribera (le dessinateur du Vagabond des Limbes – né en 1927 en Espagne) avec Montserrat – Souvenirs de la Guerre civile (Éditions Bamboo, 2004. Tandis que d’autres, comme Andreas (le créateur de Rork) dans Quintos (Dargaud, 2006), s’intéressent, au destin de quelques volontaires étrangers plongés dans cette guerre civile. Des brigades internationales que l’on retrouve également dans Mort à Madrid personnifiée par le sympathique Alex, déjà aperçu dans le tome 5, Cargo pour Barcelone.


Au terme de ce tome 6, le jeune orphelin un peu lunatique a définitivement perdu toute l’innocence de ses belles années. Les fantômes de ses parents qui l’accompagnaient jusqu’alors et qui l’épaulèrent plus d’une fois cèdent la place à des spectres sans visage et sans âme, avant de s’effacer définitivement de la vie de cet enfant de la guerre.
Avec Mort à Madrid, Bruno Loth trouve la conclusion idéale à son histoire de la Guerre d’Espagne, en arrêtant son récit avant la victoire franquiste, et en laissant planer cet espoir d’une république juste et populaire incarné par le dernier homme libre qu’était Durruti et par un orphelin qui a définitivement perdu l’innocence de l’enfance, Ermo.
Si la saga d’Ermo touche à son terme avec ce sixième et dernier tome, Bruno Loth a encore des histoires à raconter et il le fera avec le second tome d’Ouvrier à paraître prochainement en co-édition avec La Boîte à bulles. Et, qui sait, comme il n’a pas posé le mot Fin au bas de la dernière planche de Mort à Madrid, il reste tout à fait possible que Bruno Loth revisite l’Espagne d’Ermo dans un futur plus ou moins proche.

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