BD : La Grande Évasion tome 5 : Diên Biên Phu


Scénario de Thierry Gloris – Dessins d’Erwan Le Saëc – Couleurs de Johann Corgié
Avril 2013 – 63 pages
Éditeur : Éditions Delcourt, collection La Grande Évasion (dirigée par David Chauvel) - editions-delcourt.fr

L’Opération Castor a permis à deux régiments parachutistes du Corps expéditionnaire français en Indochine de s’emparer de la vallée de Diên Biên Phu. L’état-major décide d’y installer un camp retranché, prêt à y livrer bataille contre les rebelles Viêt Minh. C’est ainsi qu’au mois de mars 1954, se rassemble, au fond de cette cuvette, l’élite de l’armée coloniale pour un ultime combat. Venus des quatre coins de l’Union française, les soldats sont rapidement encerclés par des forces supérieures en nombre. Il ne leur reste plus qu’à être tués ou être faits prisonniers. Certains ne se résignent pas à un tel ce choix et tentent l’impossible : s’évader.


Ouvrage de pure fiction, comme cela est clairement indiqué dans un avertissement liminaire, la bande dessinée de Thierry Gloris et Erwan Le Saëc prend le risque de s’intéresser à des évènements historiques que beaucoup préfèrent passer sous silence. À l’inverse des États-Unis qui n’hésitent pas à se servir de ses guerres gagnées ou perdues pour créer des œuvres littéraires, cinématographiques, télévisuelles ou BD (1), les auteurs français ont beaucoup plus de mal à se pencher sur le passé colonial (2) pour en extraire des réflexions qu’elles soient positives ou négatives.
Plutôt fidèle aux évènements historiques, au moins jusqu’à la partie évasion, le scénario de Thierry Gloris permet de se situer assez rapidement dans cette période trouble. Les multiples personnages qui interviennent dans cette aventure offrent divers points de vue. Des soldats venus d’autres colonies françaises pour combattre, au nom de la Mère Patrie, sur ces terres colonisées. Un caporal à peine débarqué de sa Normandie natale qui a du mal à distinguer un jaune ami d’un jaune ennemi. Une prostituée indochinoise qui s’amourache d’un fantassin français. Un capitaine blasé qui décide de tenter le tout pour le tout lorsqu’il reçoit l’ordre de la reddition. Autant d’intervenants qui permettent d'approcher la complexité de la situation indochinoise, mais qui peuvent également rendre le récit plus difficile à suivre en l’absence d’un personnage central auquel le lecteur peut s’identifier. Il aurait peut-être fallu quelques pages supplémentaires ou même un deuxième tome pour que les différents protagonistes de cette aventure, dont on connaît souvent à peine le nom, deviennent plus attachants.


Pour compenser ces quelques handicaps scénaristiques, le dessin d’Erwan Saëz se révèle bien trop classique. Si ses décors sont quasiment parfaits, ses personnages manquent singulièrement de charisme et il faut parfois s’y prendre à deux fois pour reconnaître l’un des héros au milieu d’une dizaine de soldats en treillis.
Même s’il ne parvient pas à convaincre totalement, Diên Biên Phu reste un album intéressant à découvrir grâce à un scénario documenté et subtil.


Notes :

1 – De 1986 à 1993, Marvel Comics a publié les 84 épisodes de la série The’Nam, créée par Doug Murray et Michael Golden, consacrée à la guerre du Vietnam. Tandis qu’Apple Comics faisait paraître, de 1987 à 1991, les 16 épisodes du Vietnam Journal de Don Lomax.

2 – Il existe bien évidemment des exceptions à cette affirmation, ainsi le troisième cycle des aventures de Yann Calec, le héros de la série Tramp de Jean-Charles Kraehn et Patrick Jusseaume, aux Éditions Dargaud, permet de découvrir l’Indochine et la guerre qui y fait rage : « Escale dans le passé » (2005), « La sale guerre » (2007) et « Le Trésor du Tonkin » (2009).

Commentaires