BD : QRN sur Bretzelburg


Scénario de Greg – Dessins de Franquin – Édition commentée par Hugues Dayez
Octobre 2015– 136 pages
Éditeur : Niffle, collection 50/60 – dupuis.com/seriebd/qrn-sur-bretzelburg-1963/10666

Mis en images par une foultitude de dessinateurs, l’emblématique groom qui donne son nom à l’hebdomadaire Spirou a, au cours de sa longue carrière, connu des hauts et des bas. Cependant, il est une chose sur laquelle l’ensemble des vrais fans de Spirou est d’accord, les années Franquin [1] constituent la meilleure période de sa bibliographie.
Reprenant les aventures de Spirou en 1946, le dessinateur belge, même si’il succède à Rob-Vel [2], créateur du personnage, et à Jijé [3], grand maître de la BD franco-belge, parvient à imposer sa patte souvent copiée mais inimitable. Les histoires de Spirou purement humoristiques et limitées à quelques planches deviennent, sous sa férule, de véritables feuilletons d’aventure bourrés de gags. Jusqu’alors accompagné d’un unique faire-valoir, le très fantasque Fantasio (créé en 1944 par Jijé), et d’un surprenant animal de compagnie Spip l’écureuil (créé en 1938 par Rob-Vel), Spirou voit également sa famille s’agrandir. Il trouve un grand-père de substitution, loufoque à souhait, en la personne du Comte de Champignac et une charmante comparse avec la sémillante Seccotine. De son côté, Spip ne peut qu’être jaloux de la présence régulière l’extraordinaire Marsupilami au côté de son Spirou. Franquin offre à la série quelques-uns de ses meilleurs vilains, aussi charismatiques que bêtes et méchants, avec Zantafio et surtout Zorglub.
Cette période bénie de Spirou et Fantasio a cependant connu quelques accrocs. La publication, par les éditions Nifle, d’une version intégrale en noir et blanc commentée de QRN sur Bretzelburg constitue l’occasion de retrouver un Franquin tout à la fois au sommet de son art graphique, mais déjà tourmenté par ses démons intérieurs.
On peut résumer QRN sur Bretzelburg de la manière suivante. Après une nouvelle gaffe du Marsupilami, Spirou et Fantasio se trouvent embarqués dans le conflit larvé qui oppose le royaume de Bretzelburg et la principauté de Maquebasta. Mais ces quelques mots ne rendent nullement compte des péripéties imaginées par Franquin et des multiples gags qui parsèment les planches.
Pourtant, l’aventure de QRN sur Bretzelburg a plutôt mal commencé. Contraint par son éditeur de ne pas réutiliser la Némésis traditionnelle du célèbre groom qu’est Zorglub, Franquin n’arrive pas à composer un scénario convaincant. Il fait ainsi appel à Greg [4], le scénariste d’Achille Talon comme de Bernard Prince, pour le sortir de ce mauvais pas. Alors que le feuilleton est publié cahin-caha, le dessinateur, épuisé et victime d’une hépatite virale, rend les armes et abandonne son héros en pleine action. Il ne reprend finalement la série que quinze mois plus tard pour enfin offrir la conclusion tant attendue à QRN sur Bretzelburg. Une ultime avanie frappe pourtant cette aventure de Spirou car elle se révèle trop longue. Afin de cadrer avec le format album standard de l’époque, l’histoire se trouve donc redécoupée et amputée de quelques cases ou de strips entiers déci delà.
Cette édition intégrale de Nifle [5] présente un triple intérêt documentaire, historique et artistique. Elle permet ainsi de suivre, à travers l’intégralité des planches produites, la difficile création d’une des œuvres incontournables de la bibliographie éclectique du petit groom belge. Un must pour tous les collectionneurs.

Notes :


1 – André Franquin (1924-1997) a dessiné les aventures de Spirou de 1946 à 1968. Mais il est surtout le créateur de Gaston Lagaffe pour Spirou, de Modeste et Pompon pour Tintin et des Idées noires pour Fluide Glacial.


2 – Rob-Vel (1909-1991), de son vrai nom Robert Velter, est surtout connu comme le créateur de Spirou, qu’il a animé de 1938 à 1943, avec son épouse Blanche Dumoulin (1895-1975) et Luc Lafnet (1899-1939). Le dessinateur français a également créé les personnages de Bibor et Tribar pour l’hebdomadaire Spirou et il est l’un des repreneurs, dans les années 70, du Professeur Nimbus (d'André Daix) sous le pseudonyme collectif de J. Darthel.


3 – Joseph Gillain alias Jijé (1914-1980) est très certainement le maître oublié de la BD franco-belge. Il a créé quelques stars du journal Spirou : Blondin et Cirage, Jerry Spring et Jean Valhardi, et repris le dessin de Tanguy et Laverdure, de Barbe-Rouge et même de Blueberry le temps de quelques planches. Il a dessiné les aventures de Spirou et Fantasio entre 1943 et 1945, après avoir brièvement suppléé l’absence de Rob-Vel, blessé, en 1940.


4 – Greg (1931-1999), de son vrai nom Michel Regnier a écrit et/ou dessiné de nombreuses séries pour les hebdomadaires Spirou et Tintin. Entre 1958 et 1961, il a collaboré aux scénarios de six histoires complètes ou à suivre du Spirou et Fantasio, dessinées par Franquin : « La peur au bout du fil » (1958), « Le Prisonnier du Bouddha » (1958), « Z comme Zorglub » (1959), « L'Ombre du Z » (1960), « Tembo Tabou » (1960) et « QRN sur Bretzelburg » (1961).


5 – Créée, en 1997, la maison d’édition Niffle propose des ouvrages généralistes sur la bande dessinée (Entretiens avec Vuillemin, Tardi,…), des rééditions intégrales de classiques de la BD franco-belge (Spirou et Fantasio, XIII, Thorgal,…) et des rééditions patrimoniales (Clifton, Félix,…). Son fondateur, Frédéric Niffle, est, depuis 2008, le rédacteur-en-chef du journal Spirou.

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