BD : L’odeur des garçons affamés


Scénario de Loo Hui Phang – Dessins et couleurs de Frederik Peeters
Mars 2016 – 104 pages
Éditeur : Casterman – casterman.com

Loin de son Irlande natale et de sa nouvelle vie new-yorkaise, Oscar Forrest fait ce qu’il sait faire et ce qu’il aime faire, des photographies. Il immortalise ainsi les grandes plaines du Texas pour le compte de son compagnon de voyage, le géologue Stingley. Les deux hommes sont escortés par le jeune Milton qui se charge de toute l’intendance de cette petite mission d’exploration.


Après une virée au fin fond de l’espace infini avec sa tétralogie Aâma (Gallimard BD, 2011-2014), Frederik Peeters nous invite à visiter l’ouest sauvage, juste après la guerre de Sécession, à travers l’étrange expédition de trois personnages, pleins de mystères et de contradictions. En effet, chacun des trois aventuriers, que le dessinateur suisse prend le temps de nous faire découvrir au fil des quelque 104 planches de ce roman graphique, cache de lourds secrets sur son passé, sur sa sexualité ou sur ses intentions.
S’appuyant sur le scénario de Loo Hui Phang, Peeters se concentre sur le découpage, le dessin et la mise en couleurs. Il dévoile un Texas imaginaire, avec trois cow-boys, qui ne ressemblent pas à ceux des westerns classiques, des Indiens oscillant entre barbarie et spiritisme, et un très inquiétant chasseur de primes. Sans même user de doubles pages, Peeters parvient parfaitement à rendre l’immensité du territoire que la petite mission tente de cartographier.


L’odeur des garçons affamés
n’est cependant pas un western au sens traditionnel du terme. Il s’agit plutôt d’une réflexion sur la frontière entre la civilisation supposée des colonisateurs et la prétendue barbarie des autochtones, frontière entre le masculin et le féminin, frontière entre le réel et le fantastique. Le Far West n’est donc qu’un décor qui offre aux trois personnages la liberté de se dévoiler au propre comme au figuré.
Aborder L’odeur des garçons affamés comme une simple bande dessinée western serait une erreur, c’est une œuvre bien plus complexe qui mérite plusieurs lectures pour apprécier au mieux les dessins de Frederick Peeters et le scénario fabulateur de Loo Hui Phang.

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