BD : Les aventures de Lucky Luke d’après Morris tome 7 - La Terre promise


Scénario de Jul – d’après le personnage créé par Morris – Dessins de Achdé – Couleurs de Mel – Couverture de Achdé
Novembre 2016 – 46 pages
Éditeur : Lucky Comics (Dargaud) – dargaud.com

Jack la Poisse, ami d’enfance de Lucky Luke, demande à ce dernier de s’occuper de sa famille qui arrive d’Europe pour s’installer en Amérique. Jack aurait bien aimé s’en charger lui-même, mais il s’est engagé à escorter un troupeau de 4 000 têtes de bétail et ne peut se dédire. Luke, qui a déjà accompagné des actrices, des scientifiques, des troupes de cirques, des femmes célibataires et des princes russes à travers le pays, accepte.


Après Laurent Gerra (quatre albums dont un en collaboration avec Jacques Pessis) et le duo Daniel Pennac et Tonino Benacquista (deux aventures), c’est au tour de Jul, auteur de la série d’humour préhistorique Silex and the City (chez Dargaud) de s’essayer à l’art délicat de la reprise. Et, tout comme Jean-Yves Ferri, récent repreneur des aventures d’Astérix (avec le dessinateur Didier Conrad), Jul doit sentir peser sur lui le poids de l’héritage laissé par ce génie qu’était René Goscinny (1926-1977). Car, même s’il n’était pas le créateur de Lucky Luke, le cow-boy solitaire ayant été imaginé par le seul Morris (1923-2001), Goscinny a apporté à cette série western un humour qu’aucun de ses successeurs n’a réussi à égaler jusqu’à présent. En effet, l’humour de René Goscinny est multiple et varie, il se décline en plusieurs strates qui vont du jeu de mots jusqu’à la référence sociale, qui permettent aux lecteurs de tout âge d’apprécier les aventures du cow-boy solitaire. À cela, s’ajoute la capacité exceptionnelle qu’avait Goscinny de créer des personnages secondaires attachants.
S’inspirant de cet héritage, Jul permet à Lucky Luke de rencontrer de nouveaux émigrants, une famille de juifs ashkénazes, Moshé Stern, sa femme Rachel, Hanna sa petite-fille de vingt ans et son frère Yankel. À ce jeu-là, le duo d’ailleurs plutôt tendance à charger la mule avec le petit Yankel qui joue à David face à un bandit nommé Goliath, quelques références plus ou moins subtiles à Rabbi Jacob, un certain Moïse Jackson qui permet aux Stern de franchir une rivière, …


L’ombre tutélaire de René Goscinny fait bien plus que planer au-dessus de cette Terre promise puisqu’on retrouve, en planche 43 l’incontournable festin final d’Astérix où les Indiens Pieds-Noirs remplacent les irréductibles Gaulois et le pemmican se substitue au traditionnel sanglier rôti.
Malgré tout cela, l’ensemble se laisse lire et peut se déguster d’autant mieux qu’Achdé, tout en conservant le style graphique de Morris, livre un dessin plus dynamique que celui des ultimes albums illustrés par le créateur de la série. On peut cependant regretter que Jul n’ait pas réussi à donner plus de profondeur à son propos et que l’idée de la Terre promise, ainsi que le thème de l’errance, ne soient pas mieux exploités.

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