BD : Judge Dredd : Origines


Scénario de John Wagner – Traduction de Philippe Touboul – Dessins de Kev Walker et Carlos Ezquerra – Couverture de Brian Bolland
Mars 2016 – 192 pages
Éditeur : DELIRIUM/360 Media Perspective - labeldelirium.com

C’est sous une toujours superbe couverture de Brian Bolland que le Judge Dredd revient. Depuis 1981, le parcours éditorial de cette série anglaise est plutôt chaotique en France. Après les pockets Mon Journal, Métal Hurlant et les Humanoïdes Associés, les fascicules Aredit, Comics USA (Glénat), les défuntes éditions Kraken et Soleil Productions, c’est au tour de Delirium de se lancer dans l’aventure. Spécialiste de la réédition de classiques de la bande dessinée anglo-saxonne, Delirium a, depuis 2011, publié quelques beaux albums reprenant les meilleures histoires des magazines Eerie, Creepy et Vampirella. Il compte à son actif quelques jolies anthologies de ces maîtres du fantastique que sont Richard Corben et Berni Wrightson. Dans un genre différent, Delirium a également réédité la passionnante saga La Grande Guerre de Charlie de Pat Mills et Joe Colquhoun, dans une traduction de Jean-Paul Jennequin.


Ce tout premier volume de Judge Dredd, malgré son titre, n’est pas une nouvelle réédition des premières aventures du justicier de Megacity One, mais il revient sur les origines du célèbre héros à travers la création de cette société fascisante. Cet album reprend donc des histoires relativement récentes du Judge Dredd parues, en 2006-2007, dans les numéros 1500 à 1519 et 1529 à 1535 de l’hebdomadaire anglais
2000 AD.
Les vingt-trois chapitres d’« Origins », et les cinq chapitres du prélude « The Connection », ont été écrits par l’inoxydable John Wagner. Co-créateur du Judge Dredd, dans le n° 2 de 2000 AD en 1977, le scénariste a signé, en solo ou en duo avec Alan Grant ou sous l’un de ses nombreux pseudonymes, quelques-uns des meilleurs épisodes de la série. Il nous a ainsi fait découvrir les étendues dévastées de « The Cursed Earth ». Il a fait réchauffer la guerre froide jusqu’à ce qu’elle devienne « The Apocalypse War » opposant Megacity One à East Meg One. Avec Brian Bolland, il a créé l’infâme Judge Death et la charmante Judge Cassandra Anderson. Il vient de réduire drastiquement la population de la mégapole la faisant passer de 400 millions à 50 millions dans « Day of Chaos ». L’entière série de Judge Dredd est marquée de son empreinte. Dans « Origins », Wagner revient sur la naissance du corps des Juges impulsée par l’intègre Eustace Fargo et la création de ses clones Joseph Dredd et Rico Dredd.


Si Kev Walker dessine les cinq chapitres introductifs de cet album, c’est Carlos Ezquerra, le créateur graphique du Judge Dredd, qui illustre cette nouvelle incursion en Terre maudite. En effet, le scénario de Wagner alterne la quête que mènent Dredd et huit autres Juges au pays des mutants, à la recherche de la dépouille de Fargo, et les flash-back permettant de mieux comprendre comment l’Amérique démocratique du 20
ème siècle s’est transformée en conurbation géante ultra-sécuritaire à la justice expéditive.
Pur divertissement, les aventures du Judge Dredd pointent les dérives ô combien actuelles de notre société, à travers la tentaculaire et fictive mégapole américaine. Et, lorsque John Wagner et Carlos Ezquerra sont aux commandes, c’est avec un plaisir coupable que l’on dévore les histoires du plus implacable des Juges de Megacity One.
 

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