Scénario de Garth Ennis – Dessins
de Jacen Burrows – Couleurs de Greg Waller pour Nimbus Studios – Couverture de Jacen
Burrows
September 2004-October 2005
– 6 x 32 pages
Éditeur :
Avatar Press (USA)
Afghanistan,
escorté par une escouade de Spenatz et guidé par un moudjahid, un colonel russe
s’aventure en territoire ennemi pour récupérer des documents top secret dans
l’épave d’un avion américain. Hanté par les fantômes des guerres qu’il a déjà
menées, ce vétéran sait qu’il n’est pas le seul à chercher ces papiers que
convoitent également des SAS anglais et des membres des forces spéciales
américaines.
Pendant
longtemps, le comics de guerre a été un genre à part entière dont le but était
de valoriser des héros se battant pour la liberté et portant haut les couleurs
américaines. Avec 303 (1) Garth
Ennis offre à lire un récit sur un conflit moderne dont il ne cache rien de la
violence gratuite et de la cruauté imbécile.
Certes,
le scénariste irlandais n’est pas le premier à donner une vision plus réaliste
de la guerre. Dans les années 50, le génial Harvey Kurtzman (1924-1993),
alors responsable éditorial de Two-Fisted
Tales et Frontline Combat (2)
pour EC Comics, écrit de nombreuses histoires consacrées à la guerre de Corée
dont le réalisme s’éloigne définitivement des comics propagandistes des
années 40. La mort, la boue, le froid, le quotidien des soldats épuisés et
démoralisés sont au cœur de ces récits dessinés par ces maîtres du 9ème art
que sont Alex Toth (1928-2006), Jack Davis (1924-2016), Russ Heath, Wallace
Wood (1927-1981), John Severin (1921-2012), Joe Kubert (1926-2012), …
Ce
n’est pas non plus la première fois qu’une bande dessinée est centrée non pas
sur un être humain, mais sur une arme. Jean-Luc Fromental et Franz (1948-2003)
ont ainsi raconté les Mémoires d’un 38
(Les Humanoïdes Associés, 1989). Pour sa part, Garth Ennis organise sa
narration autour d’un Lee-Enfield de calibre .303 (7,62 mm), fusil de
guerre de l’armée britannique entre 1895 et 1957. C’est cette carabine qui fait
le lien entre les différents personnages de cette aventure qui débute au milieu
de nulle part en Afghanistan et se termine sur le toit d’un immeuble aux États-Unis. Elle passe des
mains d’un rebelle afghan à celle d’un soldat russe et croise la route d’un
commando anglais et d’un policier du Middle West.
Mêlant
réalisme, finesse et gore, le dessin de Jacen Burrows colle parfaitement au
récit d’Ennis et, le temps d’une planche, semble anticiper la série-star à
venir du duo : Crossed (Avatar
Press, 2008-2010), toujours plus violente.
Profitant
de la liberté offerte par Avatar Press, Garth Ennis propose une série où il n’y
a ni gentils, ni méchants, mais de la violence et des morts, avec un discours
anti-guerre que l’on retrouve dans les War
Stories (3) qu’il signe régulièrement chez Avatar Press.
303e BD Chronique
Notes :
1 – 303 a été édité en France par Bamboo Éditions, en deux volumes,
traduits par Jean-Marc Lainé, en 2006, et réédité dans une nouvelle traduction
de Khaled Tadil, en un volume, pour Panini Comics en 2012.
2 – Les
éditions Akileos ont réédité quelques-unes des meilleures histoires de Two-Fisted Tales et Frontline Combat en trois volumes entre 2011 et 2013.
3 – Illustrées
par Matt Martin, Keith Burns et surtout Tomas Aira, les War Stories de Garth Ennis revisitent principalement les champs de
bataille de la Seconde Guerre Mondiale, mais elles ont déjà fait un détour par la
guerre du Golan à travers les trois épisodes du cycle « Children of
Israel » (War Stories n° 4 à 6,
2015).





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