Même
si Donald Trump prône « America First », les éditeurs de comic books
américains font régulièrement appel à des artistes non étatsuniens pour donner
du piment à leurs productions et booster les ventes. Dans les années 80,
DC Comics a ainsi fait appel au scénariste anglais Alan Moore, reconnu
pour son travail sur les revues britanniques 2000 AD et Warrior,
pour donner une nouvelle direction à un titre mineur, Saga of the Swamp Thing, qui devint sous sa direction une série
majeure et un modèle pour d’autres auteurs de la firme. Grant Morrison et Mark
Millar, deux Ecossais, participèrent également à la saga de la créature des
marais, tandis l’Anglais Jamie Delano s’occupait de John Constantine le Hellblazer échappé des pages de Swamp Thing. Côté dessinateurs, Brian
Bolland (Batman: The Killing Joke sur
un scénario d’Alan Moore), Dave Gibbons (Watchmen),
Glenn Fabry (Neverwhere sur un
scénario de l’Anglais Mike Carey) et Steve Dillon (Preacher sur un scénario de l’Irlandais Garth Ennis) laissèrent
éclater leurs talents dans les pages des comic books DC et Vertigo, avant
d’essaimer à travers toute l’industrie des comics. Pour être complet, il
faudrait citer bien d’autres artistes parmi lesquels le romancier anglais Neil
Gaiman (The Sandman), mais le sujet
n’est pas là.
En
effet, depuis quelques années, ce sont des dessinateurs espagnols qui prennent
la main sur les meilleures séries de DC Comics. Il ne s’agit pas d’une
déferlante comme la British Invasion du siècle dernier, mais d’une vague de
fond où les artistes hispaniques s’imposent grâce à d’indéniables qualités
graphiques.
Né
à Palma de Majorque en 1979, Guillem
March a travaillé en Europe avant d’être recruté par DC Comics pour lequel
il livre régulièrement de sublimes couvertures pour Batman, Detective Comics,
Justice League Dark ou Red Hood & the Outlaws. Son nom est
également associé à des séries telles que Gotham
City Sirens, en 2009-2010, et Catwoman,
en 2011-2012, où il fait montre d’une réelle maestria pour mettre en scène les Bad
Girls que sont Catwoman, Poison Ivy et Harley Quinn. Plus surprenant, en 2017,
il est le dessinateur invité des numéros 985 et 986 d’Action Comics pour lesquels il dessine un Superman plutôt
classique, imposant de puissance, une Lois Lane féminine en diable et un Lex Luthor
ambigu à souhait, sur un scénario du britannique Rob Williams (Suicide Squad).
Travaillant
actuellement sur un autre titre phare de DC Comics, Alvaro Martinez n’a commencé à dessiner des super-héros américains
qu’en 2013. Après diverses participations à des titres de Valiant Entertainment
(Archer and Armstrong) et de Marvel
Comics (Cataclysm: Ultimate X-Men),
il illustre plusieurs épisodes d’Aquaman,
encrés par son compatriote Raul Fernandez, sur un scénario de Jeff Parker (Batman '66 Meets Wonder Woman '77).
C’est finalement sur Detective Comics,
que le duo Martinez-Fernandez, en alternance avec d’autres dessinateurs, prouve
toute l’étendue de son talent. Depuis le n° 936 paru en 2016, il démontre
sa parfaite maîtrise des décors nocturnes de Gotham City et de l’équipe de choc
composée du Batman, de Red Robin, de Batwoman, d’Orphan, de Clayface et de
Spoiler. Des aventures concoctées par James Tynion IV (Batman Eternal) et récemment traduites
en français par Thomas Davier pour Urban Comics (1).
Après
avoir collaboré aux séries Justice League
Dark de 2012 à 2014 (scénarios de Peter Milligan, Jeff Lemire, Ray Fawkes
et J.M. DeMatteis) et Grayson de 2015
à 2016 (scénario de Tom King & Tim Seeley), Mikel Janin est l’un des dessinateurs du Batman depuis le lancement de la ligne Rebirth. Il illustre les
textes de Tom King (Sheriff of Babylon)
qui, à partir du 25e épisode, met à nouveau le justicier de Gotham
City face à deux de ses plus anciens ennemis, le Riddler et le Joker. Dans les
pages de cette série, on peut pleinement apprécier le trait fin et élégant de Mikel
Janin qui fait parfois penser à celui de Brian Bolland.
Parmi
les autres artistes espagnols ayant collaboré avec DC Comics ces dernières
années, on peut citer Jesus Merino (Hellblazer),
Rafa Sandoval (Hal Jordan and the Green
Lantern Corps), Ramon F. Bachs (Robin:
Son of Batman), Fernando Dagnino (Suicide
Squad), Carlos Alberto Fernandez Urbano alias CAFU (T.H.U.N.D.E.R. Agents), Pere Perez (Batgirl), Carlos Pacheco (Superman/Batman),
Jesus Saiz (Green Lantern: Lost Army),
Fernando Blanco (Phantom Stranger), Pasqual
Ferry (Superboy) et bien d’autres
encore. Certains d’entre eux continuent à travailler pour DC Comics, avec
parfois des contrats d’exclusivité comme Alvaro Martinez, d’autres signent les
aventures de super-héros pour Marvel, Valiant et autres éditeurs américains
bien connus.
Une
chose est sûre, le talent n’a pas de frontière et les éditeurs américains,
DC Comics en tête, l’ont bien compris.
Note :
1 – Batman Detective Comics
tome 1 : « La colonie » de James Tynion IV, Eddy
Barrows et Alvaro Martinez a été publié en France par Urban Comics en juillet
2017. Cette traduction reprend Detective
Comics n° 934 à 940.







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