BD : Lonesome tome 1 : La piste du prêcheur


Scénario, dessins et couverture de Yves Swolfs – Couleurs de Julie Swolfs
Janvier 2018 – 56 pages
Éditeur : Le Lombard (une filiale de Média Participations) – lelombard.com

1871, alors que la froidure de l’hiver isole hommes et villes, un cavalier solitaire approche d’un relais perdu au milieu des paysages enneigés du Kansas. Trois tueurs sans merci l’y attendent, prêts à l'assassiner pour obéir à leur chef, Markham, un prêcheur qui interprète les évangiles à sa façon, laissant dans son sillage mort et destruction pour ceux qui ne suivent pas les préceptes de sa Bible.


Le western ferait-il son grand retour en bandes dessinées ? Après la parodie transgenre de Mondo reverso, voici une nouvelle variation du genre avec des Colts, de la violence et une petite dose de fantastique. En effet, le personnage principal de Lonesome, pénultième justicier de l’Ouest solitaire, possède un don qui lui permet, en touchant quelqu’un, d’avoir une vision de ses pensées. Il est amusant de noter que cette capacité lui fait rapidement découvrir la destination de sa proie, en pénétrant le subconscient d’un des tueurs qu’il a blessé, mais qu’il obtient également cette information du trappeur qui tient le relais. Ce qui oblige, dès les premières pages, à s’interroger sur le réel intérêt de ce pouvoir, le héros sans nom de Lonesome ayant finalement plus besoin de ses colts que d’une quelconque magie.


D’une certaine manière, Yves Swolfs désamorce ainsi l’aspect fantastique de son tout nouveau personnage, mais il parvient sans peine à le rendre intéressant en le dotant d’un passé complexe. En effet, plusieurs flash-back et réflexions de son héros permettent d’apprendre qu’enfant le cow-boy solitaire a été recueilli par des Indiens qui l’ont élevé et lui ont enseigné à vivre avec son don. Malgré sa froideur, on sent qu’il retrouve une part de son enfance perdue à travers le fils Colson, ce pauvre petit dont le père et la mère ont été assassinés par Markham et ses disciples.


Ce premier tome de Lonesome fait irrésistiblement penser à l’autre héros western d’Yves Swolfs, Durango. Les deux personnages solitaires partagent bien des ressemblances, notamment un goût pour les armes efficaces. Ainsi, pour compenser la perte de l’usage de sa main droite, Durango utilise un pistolet semi-automatique Mauser C96, tandis que le cavalier sans nom de Lonesome prouve une exceptionnelle habileté à l’arme de poing, son Colt 1860 Army, comme à la carabine avec son fusil à répétition Henry. On retrouve dans les préludes de ces deux sagas de l’Ouest la même blancheur immaculée des paysages couverts de neige qui s’oppose à la noirceur des âmes de certains habitants. Si l’on compare « Les chiens meurent en hiver », premier tome de Durango paru en 1981, à cette « Piste du prêcheur », on ne peut que constater l’évolution des styles graphique et narratif d’Yves Swolfs, véritable maître de la BD western franco-belge. Espérons seulement qu’il ne délèguera pas le dessin de Lonesome à un autre artiste, comme il l’a fait sur Durango.

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