LE MONDE DE LA BD : Les Éditions de la Cerise


Si le marché de la BD franco-belge a connu, à la fin du siècle dernier, un impressionnant phénomène de concentration (1), il existe encore quelques petits éditeurs qui n’ont pas peur des gros.
C’est le cas des Éditions de la Cerise. Cette structure éditoriale a été créée en 2002, par Guillaume Trouillard pour éditer ses travaux et ceux de quelques condisciples de l’École des Beaux-Arts d’Angoulême. Ce premier essai paraît en 2003 et prend la forme d’une luxueuse revue de bandes dessinées expérimentales baptisée Clafoutis publiée sous le label des Éditions de la Cerise. Au sommaire, on peut ainsi découvrir les talents graphiques de Sébastien d’Abrigeon, Grégory Elbaz, Thomas Gosselin, Charles Razack, Samuel Stento et, bien évidemment, Guillaume Trouillard.


L’aventure de la revue se poursuit dès l’année suivante avec un deuxième numéro qui accueille un invité d’honneur d’exception en la personne du dessinateur argentin Carlos Nine. Même si elles peinent à trouver leur lectorat, les Éditions de la Cerise persistent et signent en publiant au moins un album par an : Le cas Lilian Fenouilh (de Guillaume Trouillard, 2005), Entre Deux (de Vincent Perriot, 2006), Pourquoi Pas ? (de Samuel Stento, 2006), Colibri (de Trouillard, 2007), Bix, (de Grégory Elbaz, 2008), Chromorama (de Sonia Pulido, 2008), La Saison des Flèches (de Stento et Trouillard, 2009) et Dog (de Perriot, 2012). Chacune des productions de la Cerise adopte un format différent en taille ou nombre de pages pour s’adapter au mieux au récit et au style graphique de chaque artiste véritablement considéré comme un auteur.


Indispensable cheville ouvrière des Éditions de la Cerise, Guillaume Trouillard assume toutes les fonctions qui peuvent exister au sein d’une maison d’édition : directeur de publication, rédacteur en chef de la revue Clafoutis (5 numéros de 2004 à 2013), maquettiste, lettreur, scénariste, dessinateur,… Les œuvres de Guillaume Trouillard sont régulièrement remarquées et primées. Colibri obtient ainsi le Prix des lecteurs de Libération, alors que La Saison des Flèches fait partie de la Sélection officielle d’Angoulême 2010 et décroche le Premio de Novela Gráfica FNAC/Sins Entido pour sa version espagnole.


Certaines des productions des Éditions de la Cerise sont de véritables OGNI (Objets Graphiques Non Identifiés), d’une grande beauté, mais qui s’éloignent radicalement de la BD traditionnelle. C’est le cas de Welcome, sous-titré « Inventaire pour l’enfant qui vient de naître » (2013), étrange inventaire encyclopédique d’objets du quotidien réalisé par Guillaume Trouillard. Et même lorsque le produit fini se rapproche de la bande dessinée classique à l’image des deux premiers fascicules d’Aquaviva (2015 et 2017), Il se pare d’un superbe cocon et offre à lire une BD post-apocalytique sans paroles qui impressionne par son graphisme et sa mise en page.


Depuis 2012, les Éditions de la Cerise se sont ouvertes aux auteurs étrangers, mais pas ceux qui font la une des gazettes spécialisées. Guillaume Trouillard traque les artistes qui offrent du sens à leur œuvre comme le Hollandais Tobias Schalken avec Balthazar (2012), l’Américain Jeremy Bastian et les deux volumes de La fille maudite du capitaine pirate (2014 et 2016) ou le Chinois Li Zhiwu pour les deux tomes d’Au pays du Cerf blanc (2015).
Les Éditions de la Cerise font définitivement partie des maisons d’édition BD dont il faut suivre, avec attention, une production qui flirte régulièrement avec l’art le plus pur.


Note :

1 – Le marché de la BD franco-belge se partage entre une demi-douzaine de grands groupes parmi lesquels on trouve Média-Participations (Dargaud, Le Lombard, Éditions Blake et Mortimer, Lucky Comics, Dupuis, Kana Manga et Urban Comics) ; Groupe Madrigall (Casterman, Futuropolis, Gallimard BD et Denoël Graphic), Delcourt (Delcourt, Soleil et Tonkam), Glénat (Glénat, Vents d’Ouest, MAD Fabrik et Treize étrange) et Hachette (Hachette BD, Pika Édition et Éditions Albert René).

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