Scénario
d’Eldo Yoshimizu – Traduction de Miyako Slocombe – Dessins et couverture d’Eldo
Yoshimizu
Éditeur :
Le Lézard Noir – lezardnoir.com
De
retour au Japon, Ryûko, boss d’un clan de yakuzas exilés au royaume de
Forossyah, poursuit la quête de cette mère qu’elle croyait morte. Avec l’aide
de ses fidèles compagnons, dont la jolie Barrel, elle va devoir affronter la
fourberie du Jachinpan, un groupe mafieux chinois.
Si,
comme dans le premier volume des aventures de Ryûko (paru en 2016), l’histoire
part un peu dans tous les sens et ne joue jamais la carte du réalisme, c’est
surtout le style de dessin d’Eldo Yoshimizu qui attire l’œil et fascine. Il
serait d’ailleurs plus judicieux de parler de styles au pluriel tant il paraît
évident que le néo-mangaka (1) a été influencé par les plus grands maîtres
de la bande dessinée nippone, mais également par le cinéma. Certaines de ses
doubles-pages sont presque plus proches de tableaux pleins de fureur et d’action
que de cases de BD. Sculpteur de formation, Yoshimizu déconstruit la structure
traditionnelle du manga pour imposer une vision éclatée s’éloignant de la
narration graphique classique.
Il
est donc bien difficile de cataloguer Ryûko,
même si à l’évidence ce manga n’appartient visiblement pas au genre Shônen qui
cible les adolescents, ni au Seinen qui est destiné aux jeunes adultes. D’ailleurs,
Eldo Yoshimizu n’a pas trouvé d’éditeur au Japon et s’est autoédité. Il a même
pris l’initiative de contacter Stéphane Duval, fondateur du Lézard Noir, pour
envisager une version française de son Gekiga. Car si l’on essaie de définir Ryûko, c’est bien le terme de Gekiga
qu’il faut employer à savoir un manga destiné à un public d’adultes, et
que l’on peut traduire par « dessins dramatiques ». En effet le drame
est bien au cœur du récit de Ryûko, un personnage fort qui a perdu sa mère et
qui a tué son père pour respecter un certain code de l’honneur.
Parmi
les représentants les plus connus du Gekiga, il y a bien évidemment Kazuo
Kamimura (1940-1986), le dessinateur de Lady
Snowblood. Ce manga en trois volumes, scénarisé par Kazuo Koike (Lone Wolf and Cub), publié dans les
années 1970, est une formidable histoire de vengeance, à l’ère du
Shogunat. Arrivée à l’âge adulte, une jeune fille devient une véritable
maîtresse dans l’art du sabre pour punir ceux qui ont violé sa mère. On ressent
l’indéniable influence de cette œuvre sur le personnage principal, le récit et
la narration de Ryûko.
Le
travail d’Eldo Yoshimizu sur Ryûko
fait songer à la conversion de Frank Miller au noir et blanc sur Sin City et on ne peut que souhaiter au néo-mangaka
le même destin.
Note :
1 – La
biographie officielle d’Eldo Yoshimizu le présente en effet comme un sculpteur
de formation et un artiste contemporain reconverti aux mangas.






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