MANGA : Ryûko Volume 2 sur 2


Scénario d’Eldo Yoshimizu – Traduction de Miyako Slocombe – Dessins et couverture d’Eldo Yoshimizu
Février 2018 – 256 pages
Éditeur : Le Lézard Noir – lezardnoir.com

De retour au Japon, Ryûko, boss d’un clan de yakuzas exilés au royaume de Forossyah, poursuit la quête de cette mère qu’elle croyait morte. Avec l’aide de ses fidèles compagnons, dont la jolie Barrel, elle va devoir affronter la fourberie du Jachinpan, un groupe mafieux chinois.


Si, comme dans le premier volume des aventures de Ryûko (paru en 2016), l’histoire part un peu dans tous les sens et ne joue jamais la carte du réalisme, c’est surtout le style de dessin d’Eldo Yoshimizu qui attire l’œil et fascine. Il serait d’ailleurs plus judicieux de parler de styles au pluriel tant il paraît évident que le néo-mangaka (1) a été influencé par les plus grands maîtres de la bande dessinée nippone, mais également par le cinéma. Certaines de ses doubles-pages sont presque plus proches de tableaux pleins de fureur et d’action que de cases de BD. Sculpteur de formation, Yoshimizu déconstruit la structure traditionnelle du manga pour imposer une vision éclatée s’éloignant de la narration graphique classique.


Il est donc bien difficile de cataloguer Ryûko, même si à l’évidence ce manga n’appartient visiblement pas au genre Shônen qui cible les adolescents, ni au Seinen qui est destiné aux jeunes adultes. D’ailleurs, Eldo Yoshimizu n’a pas trouvé d’éditeur au Japon et s’est autoédité. Il a même pris l’initiative de contacter Stéphane Duval, fondateur du Lézard Noir, pour envisager une version française de son Gekiga. Car si l’on essaie de définir Ryûko, c’est bien le terme de Gekiga qu’il faut employer à savoir un manga destiné à un public d’adultes, et que l’on peut traduire par « dessins dramatiques ». En effet le drame est bien au cœur du récit de Ryûko, un personnage fort qui a perdu sa mère et qui a tué son père pour respecter un certain code de l’honneur.


Parmi les représentants les plus connus du Gekiga, il y a bien évidemment Kazuo Kamimura (1940-1986), le dessinateur de Lady Snowblood. Ce manga en trois volumes, scénarisé par Kazuo Koike (Lone Wolf and Cub), publié dans les années 1970, est une formidable histoire de vengeance, à l’ère du Shogunat. Arrivée à l’âge adulte, une jeune fille devient une véritable maîtresse dans l’art du sabre pour punir ceux qui ont violé sa mère. On ressent l’indéniable influence de cette œuvre sur le personnage principal, le récit et la narration de Ryûko.
Le travail d’Eldo Yoshimizu sur Ryûko fait songer à la conversion de Frank Miller au noir et blanc sur Sin City et on ne peut que souhaiter au néo-mangaka le même destin.


Note :

1 – La biographie officielle d’Eldo Yoshimizu le présente en effet comme un sculpteur de formation et un artiste contemporain reconverti aux mangas.

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