C’est
en toute discrétion que Richard Peyzaret a quitté ce monde pour de meilleurs
alpages. Plus connu sous le pseudonyme de F’murrr, ce scénariste et dessinateur
a eu l’occasion de travailler pour les plus grands titres de la presse BD de la
grande époque : Pilote, Métal Hurlant, (À suivre), Circus, Spirou, Fluide Glacial ; et pour presque tous les éditeurs de la place
franco-belge à commencer par les Éditions Dargaud.
F’murrr
fait ses débuts professionnels dans les pages du journal Pilote alors dirigé par l’incontournable René Goscinny (1926-1977).
Il y crée une première série s’inspirant des personnages des fables, un
Chaperon Rouge, un Loup et quelques autres qui vivent des aventures loufoques
dans des Contes à rebours. Après ce
galop d’essai, et toujours pour Pilote,
il conçoit ce qui constitue le point central de sa carrière de
dessinateur : Le Génie des Alpages.
Autour
d’un troupeau de moutons plus ou moins guidé par Romuald, le bélier noir
frustré, surveillé par un chien sans nom et un berger appelé Athanase
Percevalve, F’murrr recrée une microsociété qui lui permet, tout en partant
dans l’abstraction, le délire et l’absurde, de se livrer à une critique de
notre société. Pas moins de quatorze albums réunissant gags et histoires
courtes de ces ovins allumés et de leur pasteur sont publiés par les Éditions
Dargaud de 1976 à 2007.
Au-delà
de cette œuvre majeure, pour les Éditions Casterman, F’murrr revisite le
Moyen-Âge, avec sa version très personnelle de Jehanne d’Arc (1978-1984) ou son Pauvre Chevalier (1990). Toujours chez Casterman, le dessinateur se
fait commentateur acerbe de l’actualité, à savoir l’invasion de l’Afghanistan
par les Russes, avec Le char de l'état
dérape sur le sentier de la guerre (1987). Il y dénonce l’absurdité de
cette guerre et de toutes les guerres à travers des personnages caricaturaux à
l’envi de rebelles afghans et de soldats soviétiques.
Sans
être pléthorique, l’œuvre de F’murrr ne se limite pas à ses collaborations avec
les Éditions Dargaud et Casterman. On peut aussi citer Porfirio et Gabriel (dans Circus
en 1976), Ala et Lolli (dans Spirou en 1977) ou Robin des boîtes (Futuropolis en 1985). Le point commun de tous ces
personnages est d’être totalement décalés à l’image de Spirella, version
féminine et parodique d’un célèbre groom ou encore ce Chaperon Rouge pas si
petit qui porte un panier et une mini-jupe. Ils sont tous orphelins depuis le
10 avril dernier.






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