In Memoriam : F’murrr (1946-2018)


C’est en toute discrétion que Richard Peyzaret a quitté ce monde pour de meilleurs alpages. Plus connu sous le pseudonyme de F’murrr, ce scénariste et dessinateur a eu l’occasion de travailler pour les plus grands titres de la presse BD de la grande époque : Pilote, Métal Hurlant, (À suivre), Circus, Spirou, Fluide Glacial ; et pour presque tous les éditeurs de la place franco-belge à commencer par les Éditions Dargaud.


F’murrr fait ses débuts professionnels dans les pages du journal Pilote alors dirigé par l’incontournable René Goscinny (1926-1977). Il y crée une première série s’inspirant des personnages des fables, un Chaperon Rouge, un Loup et quelques autres qui vivent des aventures loufoques dans des Contes à rebours. Après ce galop d’essai, et toujours pour Pilote, il conçoit ce qui constitue le point central de sa carrière de dessinateur : Le Génie des Alpages.


Autour d’un troupeau de moutons plus ou moins guidé par Romuald, le bélier noir frustré, surveillé par un chien sans nom et un berger appelé Athanase Percevalve, F’murrr recrée une microsociété qui lui permet, tout en partant dans l’abstraction, le délire et l’absurde, de se livrer à une critique de notre société. Pas moins de quatorze albums réunissant gags et histoires courtes de ces ovins allumés et de leur pasteur sont publiés par les Éditions Dargaud de 1976 à 2007.


Au-delà de cette œuvre majeure, pour les Éditions Casterman, F’murrr revisite le Moyen-Âge, avec sa version très personnelle de Jehanne d’Arc (1978-1984) ou son Pauvre Chevalier (1990). Toujours chez Casterman, le dessinateur se fait commentateur acerbe de l’actualité, à savoir l’invasion de l’Afghanistan par les Russes, avec Le char de l'état dérape sur le sentier de la guerre (1987). Il y dénonce l’absurdité de cette guerre et de toutes les guerres à travers des personnages caricaturaux à l’envi de rebelles afghans et de soldats soviétiques.


Sans être pléthorique, l’œuvre de F’murrr ne se limite pas à ses collaborations avec les Éditions Dargaud et Casterman. On peut aussi citer Porfirio et Gabriel (dans Circus en 1976), Ala et Lolli (dans Spirou en 1977) ou Robin des boîtes (Futuropolis en 1985). Le point commun de tous ces personnages est d’être totalement décalés à l’image de Spirella, version féminine et parodique d’un célèbre groom ou encore ce Chaperon Rouge pas si petit qui porte un panier et une mini-jupe. Ils sont tous orphelins depuis le 10 avril dernier.

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