In Memoriam : Edouard Aidans (1930-2018)


C’est en toute discrétion que l’auteur de bandes dessinées belge Edouard Aidans nous a quittés le 6 septembre 2018, à l’âge de 88 ans. Longtemps associé au Journal de Tintin, c’est pourtant au sein de son meilleur rival, le Journal de Spirou, qu’il fait ses premiers pas de dessinateur avec récits de L’Oncle Paul, sur des scénarios d’Octave Joly (1910-1988), en 1955 et 1956. Cependant, c’est véritablement du côté de Tintin qu’Aidans se rend indispensable en illustrant du rédactionnel et des jeux, en signant des histoires courtes et en créant, avec le scénariste André-Paul Duchâteau (Ric Hochet pour Le Lombard).


C’est donc dans les pages du Journal de Tintin, en 1961, qu’Edouard Aidans laisse de côté le trait humoristique de Bob Binn et conçoit, dans un style réaliste, le personnage auquel il sera définitivement associé : Tounga. Auteur complet de cette série préhistorique, Aidans s’intéresse tout particulièrement à Tounga, jeune chasseur de la horde des Ghmours, qui fait tout son possible pour guider les siens dans ce monde sauvage et violent. Ce valeureux guerrier peut compter sur le fidèle Nooun le boiteux et Aramh son tigre à dents de sabre, ainsi que sur la farouche Ohama. Ensemble, ils affrontent des mammouths gigantesques, des lions féroces, des éruptions volcaniques et d’autres tribus plus primitives que les Ghmours. Jusqu’en 1975, Tounga est un des héros réguliers du Journal de Tintin, puis ses aventures sont publiées directement en albums jusqu’en 2004.


Toujours pour le Journal de Tintin, en 1963, mais cette fois en collaboration avec les scénaristes Jacques Acar (1937-1976), puis Yves Duval (1934-2009), Edouard Aidans crée Les Franval. Loi de la préhistoire du Tounga, Marc Franval, sa femme Cathy et leur fils Didi, vivent dans le monde moderne, mais s’éloignent des villes, dans leur Combi Volkswagen rouge, pour photographier et filmer la nature sauvage. Leurs aventures les conduisent à travers la planète, en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie et en Océanie. Les péripéties de ces chasseurs sans armes sont publiées dans les pages du Journal de Tintin jusqu’en 1975 et en albums au Lombard.


Les autres productions d’Edouard Aidans peuvent paraître plus anecdotiques avec cet ersatz des Drôles de dames que sont Les Panthères (sur un scénario de Greg), un étrange aventurier au nom si américain, Tony Stark (imaginé par Jean Van Hamme), la trilogie historique La toile et la dague (de Jean Dufaux) et l’éphémère reprise de Bernard Prince (avec Greg).
Tout au long de sa carrière, Aidans s’est mis au service des textes qu’on lui confiait, s’effaçant au profit de ses héros et du journal pour lequel il travaillait. Un honnête faiseur, véritable artisan de la bande dessinée franco-belge, Aidans disparaît sans que son travail n’ait été véritablement reconnu en France.

Commentaires