In Memoriam : Stan Lee (1922-2018)


Son nom restera à jamais associé aux Marvel Comics et à ses super-héros colorés et complexes du plus grand rival de DC Comics. Stanley Martin Lieber, plus connu sous le pseudonyme de Stan Lee, est mort le 12 novembre 2018, à l’âge de 95 ans. Il est à l’origine du renouveau des comics, dans les années 1960, avec la création des Fantastic Four, de l’Amazing Spider-Man, de l’Incredible Hulk, de l’Invincuible Iron Man, de Daredevil the Man Without Fear et de bien d’autres encore. Principal scénariste et directeur de publication des Marvel Comics, il réinvente les super-héros en les rendant plus humains, plus proches du quotidien, et crée un lien novateur avec les fans à travers le courrier des lecteurs et le rédactionnel : Bullpen Bulletins et Stan’s Soapbox.


Pourtant, lorsqu’il intègre la maison d’édition Marvel Comics (qui s’appelle Timely Comics, avant d’être rebaptisée Atlas Comics, puis Marvel), Stan Lee n’a pas vocation d’écrire des bandes dessinées. Il rêve alors de devenir le nouvel Errol Flynn et de faire carrière au cinéma. Il se débrouille plutôt pas mal, signant même un texte pour un numéro du Captain America de Joe Simon (1913-2011) et Jack Kirby (1917-1994), en 1941. Il est l’un des rares scénaristes attitrés de l’éditeur new-yorkais, travaillant tout aussi bien sur les aventures romantiques de Millie the Model, humoristiques de Homer, the Happy Ghost ou les horreurs monstrueuses des Strange Tales illustrées par des artistes talentueux parmi lesquels on peut citer Kirby, Steve Ditko (1927-2018) ou Don Heck (1929-1995).


Lorsque, au début des années 1960, les super-héros retrouvent des couleurs avec les nouvelles versions de Flash, Green Lantern et les autres chez DC Comics, Marvel ne peut rester à la traîne. Pour concurrencer la Justice League of America qui vient de se former dans The Brave and the Bold n° 28 (March 1960), Stan Lee crée, avec Jack Kirby, les Fantastic Four (November 1961), un super-groupe construit autour d’un noyau familial et dont les membres sont dotés de pouvoirs élémentaires à cause d’une exposition massive aux rayons cosmiques. Alors que Marvel ne vivote que grâce à diverses publications mêlant suspense et créatures monstrueuses, le duo Lee-Kirby invente un nouveau monstre gris (qui ne deviendra vert qu’un peu plus tard), The Incredible Hulk (May 1962) qui est en réalité un scientifique victime des radiations gamma, et ramène sur Terre le dieu nordique Thor dans Journey into the Mystery n° 83 (August 1962).


Bien évidemment, la création qui restera à jamais associée à Stan Lee n’est autre que l’Amazing Spider-Man. L’Homme-Araignée apparaît pour la première fois dans les pages du quinzième et dernier numéro d’Amazing Fantasy (August 1962), illustré par Steve Ditko. Lee bataille pour imposer ce personnage qui n’a rien d’héroïque. Le principal protagoniste est un étudiant binoclard, tête de turc de ses condisciples, qui acquiert ses pouvoirs après avoir été piqué par une araignée radioactive. Il y réussit permettant à son antihéros d’obtenir son propre titre, The Amazing Spider-Man (March 1963). Mais, plus que ces diverses séries, c’est leur technique de création qui est intéressante. En effet, Lee n’impose pas à ses dessinateurs un scénario prédécoupé, il leur confie une intrigue résumée qu’ils peuvent mettre en images en toute liberté et il ne reprend la main que pour insérer les dialogues. Le résultat final est d’autant plus réussi si les illustrateurs en question sont eux-mêmes d’excellents narrateurs du niveau de Jack Kirby ou Steve Ditko.

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