RETRO MANGA : Japan


Scénario de Buronson – Traduction d’Olivier Neimari – Dessins et couverture de Kentaro Miura
Septembre 2008 –214 pages
Éditeur : Glénat, collection Seinen Manga

À la veille des Jeux Olympiques d’été de 1992 en Espagne, Katsuji Yashima, un yakuza, débarque à Barcelone. Il vient avouer sa flamme à la journaliste Yuka Katsuragi qui réalise un reportage sur la façon dont les Japonais sont perçus par les étrangers. Alors qu’elle interroge des lycéens nippons en voyage d’études, un tremblement de terre propulse tout le petit groupe dans une sombre grotte où une étrange sorcière vêtue de noir les projette dans le futur afin qu’ils assistent à la fin du monde et à la fin du peuple japonais.


Japan est un one-shot publié, sous forme de feuilleton, dans les pages du bimensuel Young Animal. Ce magazine de prépublication de l’éditeur nippon Hakusensha, initialement baptisé Animal House, accueille, depuis 1989, les quelque 350 chapitres du Berserk de Kentaro Miura. Ses couvertures se partagent entre les héros des mangas qu’il propose de découvrir et des idoles fort peu couvertes. C’est également dans ce magazine que paraissent les premières collaborations entre Buronson et Miura : Oh-Roh, le roi loup (Glénat Manga Seinen, 2008) et Oh-Roh-Den, la légende du roi loup (Glénat Manga Seinen, 2008).


Lorsque deux génies du manga se rencontrent, on peut s’attendre au meilleur. Hélas, avec Japan, la collaboration entre le scénariste de Hokuto no Ken et le dessinateur de Berserk donne un résultat qui ne parvient pas à combler les attentes du lecteur des œuvres de Buronson (qu’il soit associé à Tetsuo Hara sur Ken le survivant ou à Ryoichi Ikegami sur Sanctuary) ou de Kentaro Miura (avec sa saga Berserk). On ne peut même pas leur trouver l’excuse d’un travail de jeunesse, car, en 1992 date de parution originale de Japan, les deux mangakas ont déjà fait leurs preuves en matière de narration graphique. Il semble donc que les univers de ces deux créateurs ne soient tout simplement pas compatibles.


Le personnage de Katsuji Yashima, même s’il évolue au fil des chapitres, passant d’un membre d’un clan criminel à un chef rebelle plein de bons sentiments, reste bien trop caricatural. On est bien loin de la profondeur d’un Guts, l’iconique héros de Berserk, qui, sous des dehors de brute taciturne, cache un caractère tourmenté, ou encore des liens complexes qui unissent Hojo le yakuza et Asumi le politicien dans Sanctuary. On sombre dans le pire des clichés lorsque Yuka Katsuragi, la journaliste qui semblait si forte et si indépendante dans les premières pages du manga, se jette dans les bras et le lit de son sauveur. Quant à la renaissance du peuple japonais privé de terre et d’honneur dans ce monde futuriste à la Mad Max, elle paraît bien trop facile puisqu’il suffit presque d’un homme venu du passé pour restaurer la puissance et la gloire d’un pays accusé d’avoir causé la ruine de la planète tout entière. Décevant est donc le mot qui convient le mieux pour décrire Japan, même s’il reste intéressant de découvrir le travail de Kentaro Miura en dehors de l’univers de Berserk.

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