Crying Freeman, Lady
Snowblood, Lone Wolf and Cub, ces
titres, les amateurs de manga les connaissent bien. Ils font partie des chefs
d’œuvre que peut produire assez régulièrement l’industrie de la bande dessinée
japonaise. Outre leur qualité graphique, le point commun de ces trois titres
est d’être nés de l’imagination du scénariste Kazuo Koike. Né le 8 mai 1936, à
Daisen, dans la préfecture d’Akita au Japon, Kazuo Koike débute sa carrière
comme assistant sur le manga Golgo 13.
Il collabore ainsi avec le mangaka Takao Saito de 1968 à 1970, année où il crée
sa première série Lone Wolf and Cub
avec le dessinateur Goseki Kojima (1928-2000).
Saga
en vingt-huit volumes, destinée à un public adulte, Lone Wolf and Cub entraîne les lecteurs au cœur de la société
féodale nippone, sous le Shogunat du clan Tokugawa, à l’époque Edo. Elle permet
de suivre l’errance d’Ogami Itto (le Lone Wolf du titre), ancien bourreau du
Shogun tombé en disgrâce et de son fils Daigoro (Cub). Fasciné par le manga
Koike-Saito, le dessinateur américain imagine sa propre version du Ronin dans les six épisodes d’une
mini-série publiée en 1983-84 par DC Comics. Mieux encore, il signe les
introductions et les douze premières couvertures originales de la version
américaine de Lone Wolf and Cub parue
chez First Comics de 1987 à 1991, sous forme de 45 comic books en noir et
blanc, dans un sens de lecture occidentalisé. La version française de l’œuvre se
révèle plus conforme à l'originale puisque Panini Manga propose, de 2003 à 2008, une édition
classique en vingt-huit volumes.
Tout
en écrivant les aventures de Lone Wolf
and Cub pour le Weekly Action Manga
de Futabasha, Kazuo Koike invente un personnage féminin qui rivalise dans la
maîtrise des sabres avec Ogami Itto et se sert de ses talents pour mener une
vengeance pendant l’ère Meiji sous le nom de Lady Snowblood. Mise en images par Kazuo Kamimura (1940-1986),
cette vendetta alliant sexe et violence est prépubliée dans les pages du Weekly
Playboy de la Shueisha, avant d’être collectée en trois volumes. Aussi mortelle
que belle, la Yuki imaginée par Koike et Kamimura sera l’une des nombreuses sources
d’inspiration du cinéaste Quentin Tarantino pour son diptyque Kill Bill en 2003 et 2004.
De
1986 à 1988, Kazuo Koike écrit les aventures de Crying Freeman, dont le héros est un potier japonais enlevé par une
triade chinoise qui en fait son tueur à gages attitré. Superbement illustré par
Ryoichi Ikegami, ce manga est prépublié dans le Weekly Big Comic Spirits de Shogakukan, puis édité en dix volumes.
Viz Comics a fait paraître une version comics de l’œuvre de Koike et Ikegami
dans les années 1990, tandis que, succédant à Glénat, l’éditeur français
Kabuto a proposé une version plus classique en dix volumes de 2005 à 2007. Le
tueur à la larme a eu les honneurs d’une adaptation cinématographique
orchestrée par le réalisateur français Christophe Gans, en 1995, avec Mark
Dacascos dans le rôle titre.
La
plupart des œuvres de Kazuo Koike ont inspiré des films (les six Baby Cart de la Toho dans les années
1970) ou des séries d’animation (les six OAV de Crying Freeman de Toei Animation de 1988 à 1994), preuve de la
qualité intrinsèque des manga du scénariste nippon. Mais, au-delà de cette
activité créative, Koike fonde, dès 1977, l’école de manga Gekigasonjuku où il
accueille des élèves dont le nom est désormais bien connu à commencer par Rumiko
Takahashi, la créatrice de Ranma ½
récompensée en janvier 2019 du grand prix au Festival de la bande dessinée à
Angoulême mais aussi Tetsuo Hara, l’auteur de Ken le survivant ou Akio Tanaka le dessinateur de Shamo (Coq de combat).
Emporté
par un pneumonie à l’âge de 82 ans, Kazuo Koike laisse derrière lui une succession
inestimable composée d’œuvres immortelles et de talentueux héritiers.






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