In Memoriam : Kazuo Koike (1936-2019)


Crying Freeman, Lady Snowblood, Lone Wolf and Cub, ces titres, les amateurs de manga les connaissent bien. Ils font partie des chefs d’œuvre que peut produire assez régulièrement l’industrie de la bande dessinée japonaise. Outre leur qualité graphique, le point commun de ces trois titres est d’être nés de l’imagination du scénariste Kazuo Koike. Né le 8 mai 1936, à Daisen, dans la préfecture d’Akita au Japon, Kazuo Koike débute sa carrière comme assistant sur le manga Golgo 13. Il collabore ainsi avec le mangaka Takao Saito de 1968 à 1970, année où il crée sa première série Lone Wolf and Cub avec le dessinateur Goseki Kojima (1928-2000).


Saga en vingt-huit volumes, destinée à un public adulte, Lone Wolf and Cub entraîne les lecteurs au cœur de la société féodale nippone, sous le Shogunat du clan Tokugawa, à l’époque Edo. Elle permet de suivre l’errance d’Ogami Itto (le Lone Wolf du titre), ancien bourreau du Shogun tombé en disgrâce et de son fils Daigoro (Cub). Fasciné par le manga Koike-Saito, le dessinateur américain imagine sa propre version du Ronin dans les six épisodes d’une mini-série publiée en 1983-84 par DC Comics. Mieux encore, il signe les introductions et les douze premières couvertures originales de la version américaine de Lone Wolf and Cub parue chez First Comics de 1987 à 1991, sous forme de 45 comic books en noir et blanc, dans un sens de lecture occidentalisé. La version française de l’œuvre se révèle plus conforme à l'originale puisque Panini Manga propose, de 2003 à 2008, une édition classique en vingt-huit volumes.


Tout en écrivant les aventures de Lone Wolf and Cub pour le Weekly Action Manga de Futabasha, Kazuo Koike invente un personnage féminin qui rivalise dans la maîtrise des sabres avec Ogami Itto et se sert de ses talents pour mener une vengeance pendant l’ère Meiji sous le nom de Lady Snowblood. Mise en images par Kazuo Kamimura (1940-1986), cette vendetta alliant sexe et violence est prépubliée dans les pages du Weekly Playboy de la Shueisha, avant d’être collectée en trois volumes. Aussi mortelle que belle, la Yuki imaginée par Koike et Kamimura sera l’une des nombreuses sources d’inspiration du cinéaste Quentin Tarantino pour son diptyque Kill Bill en 2003 et 2004.


De 1986 à 1988, Kazuo Koike écrit les aventures de Crying Freeman, dont le héros est un potier japonais enlevé par une triade chinoise qui en fait son tueur à gages attitré. Superbement illustré par Ryoichi Ikegami, ce manga est prépublié dans le Weekly Big Comic Spirits de Shogakukan, puis édité en dix volumes. Viz Comics a fait paraître une version comics de l’œuvre de Koike et Ikegami dans les années 1990, tandis que, succédant à Glénat, l’éditeur français Kabuto a proposé une version plus classique en dix volumes de 2005 à 2007. Le tueur à la larme a eu les honneurs d’une adaptation cinématographique orchestrée par le réalisateur français Christophe Gans, en 1995, avec Mark Dacascos dans le rôle titre.


La plupart des œuvres de Kazuo Koike ont inspiré des films (les six Baby Cart de la Toho dans les années 1970) ou des séries d’animation (les six OAV de Crying Freeman de Toei Animation de 1988 à 1994), preuve de la qualité intrinsèque des manga du scénariste nippon. Mais, au-delà de cette activité créative, Koike fonde, dès 1977, l’école de manga Gekigasonjuku où il accueille des élèves dont le nom est désormais bien connu à commencer par Rumiko Takahashi, la créatrice de Ranma ½ récompensée en janvier 2019 du grand prix au Festival de la bande dessinée à Angoulême mais aussi Tetsuo Hara, l’auteur de Ken le survivant ou Akio Tanaka le dessinateur de Shamo (Coq de combat).
Emporté par un pneumonie à l’âge de 82 ans, Kazuo Koike laisse derrière lui une succession inestimable composée d’œuvres immortelles et de talentueux héritiers.

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