À l’occasion de la 23e édition de la Marche
des fiertés de Bordeaux, faisons un petit tour dans le monde des comic books,
version Marvel et DC Comics, pour voir comment les Big Two ont pris en
compte les évolutions de la société à travers certains de leurs super-héros.
Malgré
quelques rendez-vous manqués depuis sa création en 1979, dans les pages de The Uncanny X-Men n° 120, en tant
que membre du groupe de super-héros canadien Alpha Flight imaginé par John
Byrne. En reprenant ce personnage à l’allure androgyne et sa sœur jumelle
Aurora au sein de la série Alpha Flight,
lancée en 1983, Byrne a plus d’une fois envie de dévoiler son homosexualité,
mais les différents rédacteurs en chef et le poids persistant de la Comic Code
Authority l’en empêche, même si l’auteur distille quelques indices au gré des
épisodes qu’il écrit et dessine. Il faut donc attendre le 106e épisode du titre, en 1992, scénarisé par Scott Lobdell et illustré par Mark
Pacella, pour voir Jean-Paul Beaubier fait son coming out, après la mort de
Joanne qu’il venait d’adopter, un bébé trouvé abandonné dans une poubelle,
victime du SIDA. Northstar a même eu les honneurs du premier mariage gay du
monde des comics dans le numéro 51 d’Astonishing
X-Men par Brian K. Vaughan et Mike Perkins, en 2012.
Créée
à l’origine pour faire taire les rumeurs d’homosexualité entre le Batman et
Robin, héritées des diverses théories du psychiatre Fredric Wertham (1895-1981)
dans son livre Seduction of the Innocent
(1954) qui fut à l’origine du Comic Code, Batwoman apparaît dans Detective Comics n° 233, en 1956.
Cependant, c’est la version réimaginée du personnage pour les New 52, en
2006, qui devient la première super-héroïne ouvertement lesbienne. Sous le masque
de Batwoman, Kate Kane aide le Batman à affronter les pires menaces qui
frappent Gotham City, et, sans le costume, elle vit des amours compliquées avec
Renée Montoya, l’ex-inspectrice de police du GCPD, puis avec la capitaine
Maggie Sawyer de la Major Crimes Unit, dans des aventures principalement
scénarisées et mises en images par J.H. Williams III. Incarnée par la
comédienne Ruby Rose, Batwoman, après une apparition réussie dans le cross-over
2018 de l’Arrowverse, a décroché sa propre série télévisée.
Bien
évidemment, dans les continuités traditionnelles de DC Comics et de
Marvel, aucun des grands super-héros n’est gay ou bi. Aucun rédacteur en chef
ou directeur de publication ne tenterait de présenter au public un Batman
ouvertement homosexuel ou une Wonder Woman explicitement lesbienne. Pourtant,
avec leurs héros Midnighter et Apollo, le scénariste Warren Ellis et le
dessinateur Bryan Hitch ont conçu des fac-similés presque parfaits du Batman et
de Superman en leur accordant des sentiments que ne semblent partager ni Bruce
Wayne, ni Kal-El. Créés chez Image-Wildstorm, Midnighter et Apollo ont depuis
rejoint l’écurie DC Comics en conservant toutes leurs caractéristiques, y
compris leur tumultueuse relation amoureuse.
Au-delà
de ces quelques exemples issus des catalogues de Marvel et DC Comics, il
existe bien d’autres super-héros ou super-héroïnes gay, bi, voire même
transgenres. Il est cependant difficile de dire s’il s’agit de simples
tentatives pour accrocher les lectorats LGBT ou de réelles prises en compte de l’évolution
de la société. De plus, les actuelles apparitions de super-héroïnes lesbiennes
et de super-héros gay, et leur totale intégration aux récits, risquent de se
heurter à cet éternel retour du puritanisme et de la morale WASP aux États-Unis
de Make America Great Again.






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