MANGA : Origin Volume 7


Scénario et dessins de Boichi – Traduction de Nathalie Lejeune – Adaptation graphique de Hinoko – Couverture de Boichi
Décembre 2019 – 220 pages
Éditeur : Pika, collection Seinen – pika.fr/PikaSeinen

L’incident de Kyôto a été étouffé par la puissante AEE, cela n’empêche pas la multinationale de constituer une commission d’enquête sur l’attaque, les mystérieux assaillants et l’énigmatique « robot justicier » qui est intervenu et a sauvé plusieurs membres de l’équipe du Centre de recherche. Che Chanchong, Laura Fermi et Jin Tanaka (Origin) font partie de cette délégation qui va travailler sur les carcasses des robots transférées sur le site de l’AEE à Nagoya.


Après un sixième volume plein d’action et de violence, Boichi propose un nouvel opus beaucoup plus intimiste. On s’intéresse ainsi aux problèmes du quotidien d’Origin dont le corps a été très abîmé lors des combats de Kyôto et qui a besoin de plusieurs milliers de yens pour réparer les dégâts. L’artiste coréen trouve une solution surprenante pour permettre à son héros de se faire de l’argent facile, en dehors de ses heures de travail, de manière légale : le manga érotique. Un domaine que Boichi connaît bien, car il a, dans sa déjà longue carrière, signé quelques jolis ecchis (notamment sa série Lovers In Winter pour Comic Aun, en 2005). Au-delà de ce clin d’œil, le dessinateur continue à explorer les relations compliquées entre le robot qui souhaite ressembler aux humains et celles et ceux qui le côtoient. Il a ainsi fallu beaucoup de temps à la machine pour comprendre que sa jeune collègue, Mai Hirose, est amoureuse de lui. Lui qui n’a pas la possibilité d’avoir de tels sentiments ne peut qu’essayer de l’éloigner de lui, pour la protéger.


Origin se retrouve dans une situation paradoxale. Il tente de se sociabiliser en se rapprochant de Laura Fermi qui, même si elle semble jouer le jeu, se révèle froide et inaccessible, alors qu’il repousse Mai Hirose, celle qui a craqué pour lui. Et, bien qu’il fasse tout son possible pour apparaître comme un employé lambda d’AEE, efficace, mais discret, Chen Chanchong n’arrête pas de vouloir le mettre en avant au risque que l’on s’intéresse un peu trop à lui et à ses origines.
Ce septième volume se concentrant véritablement sur les humains permet également de découvrir, au détour d’un chapitre, les véritables motivations de Miyuki Hirosue, la présidente fondatrice de l’AEE.


Mis à part quelques petites culottes et quelques personnages brièvement Super-Déformé, qui restent la marque de fabrique de Boichi, c’est une ambiance sérieuse qui domine ce tome. Sans avoir l’air d’y toucher, le mangaka se livre à une critique de la société capitaliste où un salary men tel que Tanaka n’a plus d’argent le jour où son salaire tombe et où l’intelligence artificielle (1) qu’il est produit des mangas érotiques à la chaîne pour s’en sortir.
Boichi est un maître incontesté du manga d’action, comme il l’a prouvé avec son œuvre majeure qu’est Sun-Ken Rock (2)


Notes :

1 – Kioxia, une entreprise japonaise, développe une IA qui serait capable de créer les textes et dessins de mangas inédits. Leur premier projet, en association avec Tezuka Production, est une nouvelle aventure d’Astro Boy.

2 – Les 25 volumes de Sun-Ken Rock ont été publiés en France par la collection Doki-Doki de Bamboo Édition, de 2008 à 2016. Depuis 2018, une version Deluxe est en cours d’édition.

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