In Memoriam : André Chéret (1937-2020)


Décrétée année de la bande dessinée, 2020 débute sous de bien mauvais auspices pour le 9e art. Philippe Adamov, Claire Bretécher, Hubert, Nick Cuti et Suat Yalaz (alias Jimmy Toro) nous ont quittés et, aujourd’hui, c’est André Chéret, le créateur graphique de Rahan qui s’en est allé rejoindre son épouse et coloriste, Chantal (1951-2017), au paradis de la BD.


S’il découvre la BD en lisant les aventures de Tarzan ou de Durga Râni, reine de la jungle dans les illustrés pour enfants de l’après-guerre, c’est en faisant son service militaire, en 1958, qu’il a l’occasion de dessiner de manière quasi professionnelle pour des publications telles que La Revue des Forces Françaises. Après quelques travaux divers pour les hebdomadaires Cœurs vaillants et Mireille, il rejoint la rédaction de Vaillant, où il illustre les exploits aériens de Bob Mallard, sur des scénarios de Jean Sanitas (1927-2016). Lorsque Vaillant disparaît, remplacé par Pif Gadget, Chéret y poursuit cette série d’aviation, mais surtout, dès le premier numéro, il crée, avec le scénariste Roger Lécureux (1925-1999), la saga préhistorique Rahan. Héros solitaire et bienveillant, celui qu’on appelle aussi le fils de Craô, respecte cinq valeurs de base enseignées par son père adoptif : générosité, courage, ténacité, sagesse et loyauté, symbolisées par les cinq griffes du collier qu’il porte toujours autour du cou.


Observateur et inventif, Rahan devient rapidement l’une des figures incontournables de Pif Gadget, au même titre que Pif le chien. Afin d’assurer une présence plus régulière du personnage au sommaire de l’hebdomadaire, les Éditions Vaillant n’hésitent pas à confier le dessin de la série à Guido Zamperoni (1912-2003) sans avertir André Chéret. À partir de ce moment, les relations entre l’artiste et la rédaction vont se dégrader même si un modus vivendi est trouvé permettant à Rahan de vivre des aventures mises en images par le dessinateur espagnol Enrique Badia Romero (Axa pour The Sun). Essayant de renouveler sa production, André Chéret travaille sur de nouveaux personnages. Pour l’hebdomadaire Tintin, il dessine ainsi, entre 1973 et 1981, les exploits du jeune Domino (sur des scénarios de Greg, puis de Jean Van Hamme). Puis, il illustre un épisode de Michel Brazier (sur des textes de Jean-Michel Charlier) pour le journal de Spirou, en 1979.


Si André Chéret continue à dessiner dans les années 1980, il ne retrouve pas le chemin de la réussite. Lorsque les Éditions Soleil publient, de 1996 à 1998, une intégrale de Rahan fils des âges farouches, qui rencontre un succès commercial immédiat, le duo Lécureux-Chéret se reforme pour offrir de nouvelles aventures à leur héros préhistorique. Sous le label des Éditions Lécureux, pas moins d’une douzaine d’albums paraissent ainsi de 1999 à 2015, scénarisés par Roger Lécureux, puis par son fils Jean-François Lécureux, illustrés par André Chéret et mis en couleurs par Chantal Chéret. À la mort de son épouse, André Chéret se retire en région parisienne. Il s’éteint le jeudi 5 mars 2020, à l’âge de 82 ans.

Rahan par André Chéret
(collection Oncle Phil)

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