Décrétée année de la bande dessinée,
2020 débute sous de bien mauvais auspices pour le 9e art. Philippe Adamov, Claire Bretécher, Hubert, Nick Cuti et Suat
Yalaz (alias Jimmy Toro) nous ont quittés et, aujourd’hui, c’est
André Chéret, le créateur graphique de Rahan qui s’en est allé
rejoindre son épouse et coloriste, Chantal (1951-2017), au paradis
de la BD.
S’il découvre la BD en lisant les
aventures de Tarzan ou de Durga Râni, reine de la jungle dans les
illustrés pour enfants de l’après-guerre, c’est en faisant son
service militaire, en 1958, qu’il a l’occasion de dessiner de
manière quasi professionnelle pour des publications telles que La
Revue des Forces Françaises.
Après quelques travaux divers pour les hebdomadaires Cœurs
vaillants et Mireille,
il rejoint la rédaction de Vaillant,
où il illustre les exploits aériens de Bob
Mallard, sur des scénarios de
Jean Sanitas (1927-2016). Lorsque Vaillant
disparaît, remplacé par Pif
Gadget, Chéret y poursuit cette
série d’aviation, mais surtout, dès le premier numéro, il crée,
avec le scénariste Roger Lécureux (1925-1999), la saga
préhistorique Rahan.
Héros solitaire et bienveillant, celui qu’on appelle aussi le fils
de Craô, respecte cinq valeurs de base enseignées par son père
adoptif : générosité, courage, ténacité, sagesse et
loyauté, symbolisées par les cinq griffes du collier qu’il porte
toujours autour du cou.
Observateur et inventif, Rahan devient
rapidement l’une des figures incontournables de
Pif Gadget, au même titre que
Pif le chien. Afin
d’assurer une présence plus régulière du personnage au sommaire
de l’hebdomadaire, les Éditions Vaillant n’hésitent pas à
confier le dessin de la série à Guido Zamperoni (1912-2003) sans
avertir André Chéret. À partir de ce moment, les relations entre
l’artiste et la rédaction vont se dégrader même si un modus
vivendi est trouvé permettant à Rahan de vivre des aventures mises
en images par le dessinateur espagnol Enrique Badia Romero (Axa
pour The Sun).
Essayant de renouveler sa production, André Chéret travaille sur de
nouveaux personnages. Pour l’hebdomadaire Tintin,
il dessine ainsi, entre 1973 et 1981, les exploits du jeune Domino
(sur des scénarios de Greg, puis de Jean Van Hamme). Puis, il
illustre un épisode de Michel
Brazier (sur des textes de
Jean-Michel Charlier) pour le journal de Spirou,
en 1979.
Si André Chéret continue à dessiner dans
les années 1980, il ne retrouve pas le chemin de la réussite.
Lorsque les Éditions Soleil publient, de 1996 à 1998, une intégrale
de Rahan fils des âges farouches, qui
rencontre un succès commercial immédiat, le duo Lécureux-Chéret
se reforme pour offrir de nouvelles aventures à leur héros
préhistorique. Sous le label des Éditions Lécureux, pas moins
d’une douzaine d’albums paraissent ainsi de 1999 à 2015,
scénarisés par Roger Lécureux, puis par son fils Jean-François
Lécureux, illustrés par André Chéret et mis en couleurs par
Chantal Chéret. À la mort de son épouse, André Chéret se retire
en région parisienne. Il s’éteint le jeudi 5 mars 2020, à l’âge
de 82 ans.





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