Nostalgie : Le Cri qui tue n° 1
Rédacteur en chef : Atoss Takemoto – Couverture de Takao Saitō (Golgo 13)
2e trimestre 1978 – 98 pages
Éditeur : Chez Atoss Takemoto
Il y a quarante ans, Atoss Takemoto, un jeune Japonais émigré en Suisse, décide de lancer une revue permettant de faire découvrir la BD de son pays. Dans l’éditorial du tout premier numéro, il fait preuve de la plus parfaite des humilités en précisant qu’il ne cherche pas à concurrencer Pilote, Métal Hurlant, L’Écho des savanes, Charlie Mensuel ou Fluide Glacial, qui occupent alors le devant de la scène BD. Son honorable revue de bandes dessinées exotiques vise à faire découvrir une bande dessinée différente. Associé à l’éditeur helvète Rolf Kesselring, il fait ainsi paraître le premier magazine francophone spécialisé dans les mangas : Le Cri qui tue !
Publié en juin 1978 et diffusé dans toute l’Europe de langue française, Le Cri qui tue n° 1 réunit les auteurs que l’on retrouvera dans la quasi totalité des opus qu’Atoss Takemoto aura le temps de publier avant de mettre la clé sous la porte. Les lecteurs curieux peuvent ainsi découvrir les œuvres de Takao Saitō (Golgo 13), Osamu Tezuka (Le Système des super-oiseaux) et Yoshihiro Tatsumi (pionnier du gekiga). Ce trio, qui signe des mangas aux styles très différents, s’adresse principalement à un public adulte. Il est rejoint à partir du n° 2 par Shōtarō Ishinomori, l’auteur de Cyborg 009. Ce dernier est d’ailleurs mis à l’honneur au sommaire du sixième et dernier numéro paru en mars 1981, constitué uniquement de récits complets de ce mangaka. Ishinomori est également le seul à avoir droit à un album, Le Vent du nord est comme le hennissement d’un cheval noir, publié sous le label des éditions Kesselring, en 1979. Les autres auteurs présents au sommaire de ce premier numéro sont Fujio Akazuka, représentant de l’humour nippon avec « Quelle horreur ! Un travailleur… », et le duo Saburo Kitagawa & Tadashi Matsumori présentant une plongée dans un « Hôpital infernal » jouant les cartes de la violence, du sexe et de la folie.
S’il n’y a rien à redire sur les intentions d’Atoss Takemoto ou sur la qualité des auteurs choisis, à commencer par Osamu Tezuka le dieu du manga, force est de constater que les moyens ne sont pas au rendez-vous. C’est surtout le lettrage qui pèche le plus, bien trop amateur qui gâche parfois la lecture des œuvres proposées. On pourrait également reprocher le choix d’occidentaliser le sens de lecture, mais c’est, à l’époque, le seul moyen de rendre les images dérisoires accessibles aux lecteurs occidentaux. Enfin, l’arrivée dans les pages du Cri qui tue n° 3, de Mafalda, la petite peste du dessinateur argentin Quino (que l’on retrouvera ensuite dans Circus des éditions Glénat) peut également surprendre, même si elle apporte une petite touche d’humour à un magazine en noir et blanc à l’ambiance générale plutôt sombre. Atoss Takemoto prend aussi le risque de déplaire aux rares amateurs de manga qui ne connaissent les héros nippons qu’à travers les dessins animés proposés par TF1, Le Roi Léo et Prince Saphir, inspirés des œuvres d’Osamu Tezuka. En effet, Le Système des super-oiseaux propose un Tezuka bien plus adulte, avec des histoires d’oiseaux intelligents qui se mettent à combattre les hommes et à les tuer. Quant au héros de Takao Saitō, Golgo 13, Atoss Takemoto le décrit comme un « terroriste professionnel », « celui qui, pour de l’argent, est prêt à tout ». Les aventures de ce tueur d’élite paraissent encore régulièrement dans les pages du bimensuel Big Comic de l’éditeur tokyoïte Shōgakukan, avec plus de 195 volumes au compteur.
Arrivé bien trop tôt sur le marché européen, Le Cri qui tue garde cependant une aura de précurseur presque légendaire. Ce trimestriel a permis, alors qu’Internet s’appelait encore Arpanet et était réservé aux initiés, à de jeunes adultes de s’intéresser à cette bande dessinée venue d’ailleurs. Depuis, les diverses déclinaisons du Manga sont célébrés, imités et squattent le top des ventes, devenant l’un des moteurs de l’industrie mondiale du 9e art.
Arrivé bien trop tôt sur le marché européen, Le Cri qui tue garde cependant une aura de précurseur presque légendaire. Ce trimestriel a permis, alors qu’Internet s’appelait encore Arpanet et était réservé aux initiés, à de jeunes adultes de s’intéresser à cette bande dessinée venue d’ailleurs. Depuis, les diverses déclinaisons du Manga sont célébrés, imités et squattent le top des ventes, devenant l’un des moteurs de l’industrie mondiale du 9e art.




Commentaires
Enregistrer un commentaire