R.I.P. Joe Sinnott (1926-2020)



Pour moi et pour de nombreux fans de comics, Joe Sinnott restera à jamais l’encreur des aventures des Fantastiques publiées en albums souples grand format par les éditions Lug de 1973 à 1986. Il était celui qui savait assouplir le trait anguleux et puissant de Jack Kirby sans en dénaturer l’essence. Mais, Joe Sinnott était bien plus que ce maître de l’encrage, c’était un artiste confirmé et une légende du monde des comic books.


Trudi (St. John1950), Red Warrior de Tom Gill (Timely, 1951) et Arrowhead (Atlas, 1954)

Né le 16 octobre 1926, Joe Sinnott a découvert la bande dessinée avec les daily strips de Terry and the Pirates, Jungle Jim et Flash Gordon. Il veut faire de cette passion son métier et, après la Seconde Guerre mondiale, suit des cours de dessin à la Cartoonists and Illustrators School (devenue la School of Visual Arts) de New York. Il n’a pas encore son diplôme en poche que déjà il livre quelques planches à St. John Publishing Co. pour le douzième numéro de Mopsy, en 1948. Durant les années 1950, il met en images des histoires de guerre, de romance, d’horreur ou d’action pour divers éditeurs, parmi lesquels Charlton Comics, Timely Comics ou Atlas Comics. Il commence sa carrière professionnelle comme assistant de Tom Gill (1), artiste bien connu pour son travail sur The Lone Ranger pour Dell Comics. Sinnott l’assiste sur des séries comme Red Warrior, que Gill développe pour Timely Comics. Alors que Gill se contente de dessiner les têtes des personnages, Sinnott se charge des corps, des décors et de la finition sans même que son nom n’apparaisse. Quelques années plus tard, il impose son style puissant aux traits forts avec des héros comme l’indien solitaire qu’est Arrowhead, dont il signe quatre épisodes pour Atlas Comics en 1954.


Kirby & Sinnott (Marvel, 1962), Buscema & Sinnott (Marvel, 1976) Sienkiewicz & Joe Sinnott (Marvel, 1980)

Mais, c’est bien évidemment toute sa carrière en tant qu’artiste free-lance ou salarié de Marvel Comics qui l’a fait connaître des fans et surtout son travail d’encrage sur les crayonnés des plus grands dessinateurs de la firme aux idées parmi lesquels, Jack Kirby et John Buscema, sur des séries telles que Fantastic Four et Thor. Dans les années 1980, il encre également les dessins de jeunes débutants nommés George Pérez et Bill Sienkiewicz sur sa série fétiche : Fantastic Four. En 1992, il abandonne le monde des comic books, mais pas celui de la bande dessinée, puisqu’il s’occupe de l’encrage des pages dominicales du daily strip d’Amazing Spider-Man écrit par Stan Lee et illustré par Alex Saviuk. Ce n’est qu’en 2019, que Joe Sinnott prend une retraite bien méritée à l’âge de 92 ans. Reconnu par ses pairs et par les fans, il a reçu plusieurs prix et récompenses au cours de sa longue carrière (Inkpot Award 1995, Inkwell Hall of Fame Award 2008, Inkwell Award for Favorite Inker (Retro à égalité avec Terry Austin) et Will Eisner Hall of Fame Award 2013. Mais surtout, jusqu’au bout, il a fait ce qu’il aimait le plus : dessiner !


John Romita Jr. & Joe Sinnott (Marvel, 1980)

Note :

1 – Tom Gill (1913-2005) est surtout connu pour son travail sur le comic book Lone Ranger qu’il illustre, de 1951 à 1962, pour Dell Comics. Comme tous les auteurs des années 1950-1960, il a dessiné des comics de western, de guerre et de romance, à une époque où les super-héros ne tenaient plus le haut du pavé, pour Dell (Bonanza), Harvey (First Love Illustrated), Toby (Billy the Kid Adventure Magazine), Atlas (Kent Blake of the Secret Service) et autres éditeurs aujourd’hui disparus, voire oubliés. Sa seule incursion dans l’univers des héros costumés reste The Owl, pour Gold Key en 1967, avec un certain Jerry Siegel comme scénariste.

 

John Buscema & Joe Sinnott (Marvel, 1987)

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