Scénario de Jul – d’après le personnage créé par Morris – Dessins de Achdé – Couleurs de Mel – Couverture de Achdé
Octobre 2020 – 46 pages
Éditeur : Lucky Comics (Dargaud) – dargaud.com
Alors qu’il boit le verre de l’amitié avec Bass Reeves, l’une des plus fines gâchettes de l’Ouest, voici qu’on annonce à Lucky Luke qu’il est l’hériter de la plus grande plantation de Louisiane. Pensant d’abord à une plaisanterie, le cow-boy est prêt à refuser cet héritage embarrassant pour un gardien de troupeau tel que lui, cependant l’homme de loi le met face à ses responsabilités, car des familles entières dépendent de lui.
Après La terre promise (Lucky Comics en 2016) et Un cow-boy à Paris (Lucky Comics en 2018), le duo Jul-Achdé récidive en offrant une nouvelle aventure au plus célèbre des cow-boys qui mêle humour et réflexion. En effet, le plus honnête des pistoleros va devoir faire face à la haine imbécile et au racisme. Même si ce n’est pas la première fois que des personnages de couleur apparaissent dans la série créée en 1946 par Morris (1923-2001), il s’agissait souvent de simples silhouettes à la limite de la parodie du bon noir indolent et fataliste façon Autant en emporte le vent (cf. En remontant le Mississippi publié chez Dupuis en 1961). Avec Un cow-boy dans le coton, Jul et Achdé donnent une réelle profondeur aux Afro-Américains que croise Lucky Luke. Cela commence avec Bass Reeves, qui fait son apparition dans les premières pages de l’album, et qui ramène les Dalton jusqu’au pénitencier dont ils se sont encore échappés. Tout comme Billy the Kid, Calamity Jane et bien d’autres personnages que Lucky Luke a rencontré lors de ses précédentes aventures, Bass Reeves, né en 1838 et mort en 1910, fait partie des héros qui ont marqué l’histoire de l’ouest américain. En effet, il fut le premier shérif adjoint noir à l’ouest du Mississippi et a cumulé, au cours de sa carrière, plus de 3 000 arrestations.
Une fois encore, Jul et Achdé bousculent les codes de la série qui, pendant fort longtemps, jouait essentiellement la carte de l’humour, en s’inspirant plus ou moins des figures légendaires du Far West. Si certaines des aventures signées Morris, avec le plus souvent René Goscinny (1926-1977) au scénario, abordaient déjà quelques sujets de société, le délicat problème du racisme n’en faisait pas réellement partie. Il n’était ainsi pas rare de croiser, au détour d’une case, un Mexicain caricatural au possible (comme dans Le Pied-Tendre publié chez Dargaud en 1968). Avec Un cow-boy dans le coton, on sent bien que ce sont l’actualité récente et le mouvement Black Lives Matter qui entraînent le tireur le plus rapide de l’Ouest vers la Louisiane, un état du Sud encore marqué du sceau de l’esclavage, malgré son abolition en 1865. Le cow-boy au cœur pur n’a pas une once de racisme en lui et il va devoir faire face à des propriétaires de champs de coton attachés à des privilèges basés sur l’idée de race supérieure et les membres du Ku Klux Klan prêts à tout pour semer la terreur au sein des populations noires. En l’absence de Rantanplan, ce sont les Dalton qui apportent l’indispensable touche d’humour de tout bon Lucky Luke.




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