SERIE TV : The Walking Dead, une bonne adaptation ?


Alors que The Walking Dead, qui fut pendant longtemps le best-seller d’Image Comics et l’un des programmes phare de la chaîne câblée américaine AMC, connaît une renaissance avec une version Deluxe couleur en BD et s’achemine vers une conclusion à la télévision, on peut se poser cette question est-ce que la série télévisée est une bonne adaptation de la bande dessinée de Robert Kirkman et consorts ? Chacun peut avoir son opinion et ce ne sont donc que quelques éléments de réponse qui vont suivre ici.


Pour certains, une bonne adaptation doit être fidèle à l’œuvre originale. Dans le meilleur des mondes, on pourrait penser que c’est la solution idéale. Rester au plus proche de la BD, surtout si elle est découpée comme un story-board, semble la méthode la plus simple pour transformer les lecteurs en téléspectateurs assidus. Ce serait oublier que bande dessinée et série télévisée sont deux médias avec des contraintes différentes. Le comic book, comme l’ont si bien théorisé Will Eisner (1917-2005) ou Scott McCloud, est un art séquentiel. S’appuyant sur un scénario, le dessinateur juxtapose des illustrations qui, pour être efficaces, doivent entretenir des rapports de sens et de temporalité, bref raconter une histoire. En cela, la BD se rapproche de la série télévisée, même si cette dernière est forcément plus linéaire et plus dirigiste, le spectateur regarde alors que le lecteur choisit son rythme de lecture. Au surplus, les efforts de mise en page, la possibilité d’avoir des splash-panels bourrés d’action ou simplement contemplatifs, la contrainte d’avoir une accroche en pied de planche pour inciter à tourner la page et un cliffhanger en fin d’épisode pour pousser le lecteur à acheter le numéro suivant, impose un découpage qui n’est pas transposable à l’identique sur petit écran. Une fidélité totale de la série télévisée se heurte également à des problèmes de budget, il est plus facile de dessiner des milliers de zombies que d’embaucher le même nombre de figurants, mais aussi de casting, car il n’est pas forcément évident de trouver des acteurs qui ressemblent aux « gueules » qui peuvent apparaître dans une BD. L’une des réussites de la série télévisée The Walking Dead est d’avoir su réunir des comédiens capables d’incarner les héros de BD imaginés par Kirkman et créés graphiquement par Tony Moore (The Walking Dead n° 1 à 6, Image Comics de 2003 à 2004), puis par Charlie Adlard (The Walking Dead   n° 7 à 193, Image Comics de 2004 à 2019). Le Britannique Andrew Lincoln est ainsi bien plus que convaincant lorsqu’il se réveille seul, dans une chambre d’hôpital, dans la peau du shérif adjoint Rick Grimes. Le reste de la distribution du premier épisode est à l’avenant avec Jon Bernthal dans le rôle de Shane Walsh, Sarah Wayne Callies et le jeune Chandler Riggs respectivement en épouse et fils de Rick Grimes. Cette incarnation respectueuse du matériau de base, qui va jusqu’à copier les costumes de la BD, participe forcément à la fidélité de l’adaptation et à son efficacité.


Pour d’autres, une bonne adaptation doit savoir s’éloigner de l’œuvre d’origine, de ne pas hésiter à trahir la lettre pour mieux en conserver l’esprit. On peut remarquer que le premier épisode écrit et réalisé par Frank Darabont, même s’il s’inspire des deux premiers numéros du comic book, prend le temps de détailler, plus longuement que dans la BD, les circonstances qui ont plongé Rick Grimes dans le coma, permettant au spectateur de s’attacher à cet homme, ce mari et ce père. « Passé décomposé » reprend des moments clé du comics, mais crée une scène d’ouverture d’anthologie avec cette petite fille zombie à la station-service. Par ailleurs, ce qui fait le sel de The Walking Dead, c’est que pas un seul des personnages du comic book, à l’inverse des super-héros traditionnels, n’est immortel et peut donc disparaître au moment où le lecteur s’y attend le moins. Ce ne sont que des êtres humains, à qui Robert Kirkman donne corps grâce à une solide caractérisation et à des dialogues finement ciselés, qui peuvent mourir même si les fans crient ou pestent et qui ne reviennent que sous forme de zombies. La série télévisée reprend ce principe, mais surprend le spectateur qui croit connaître la saga de Kirkman par cœur en exfiltrant brutalement certains personnages qui sont pourtant toujours vivants dans la BD ou, à l’inverse, en conservant certains héros disparus des pages du mensuel d’Image Comics. Ainsi, Morgan (interprété par Lennie James), mordu par un marcheur dans le n° 83 du comic book, continue sa carrière de survivant dans la série télévisée, puis dans son spin-off Fear the Walking Dead. Avec Daryl Dixon, superbement incarné par Norman Reedus, les producteurs de la série plongent le spectateur dans l’inconnu puisque ce survivaliste taciturne n’existe pas dans la BD. Ces libertés prises avec la bande dessinée permettent de surprendre le lecteur assidu pour en faire, c’est le but recherché, un fan de l’adaptation télévisée.


Au final, The Walking Dead, malgré des hauts et des bas, a atteint les dix saisons consécutives, de 2010 à 2020, et donné lieu à deux spin-off : Fear the Walking Dead (depuis 2015) et The Walking Dead: World Beyond (depuis 2020), alors qu’une trilogie cinématographique consacrée à Rick Grimes est en préproduction. S’étant développée en parallèle avec le comic book de Robert Kirkman, la série télévisée a toutefois su conserver des liens forts avec la bande dessinée, utilisant à plein les méchants charismatiques que sont le Gouverneur et Negan, sans en être la copie bête et méchante, avec plus ou moins de réussite. Alors, The Walking Dead est-elle une bonne adaptation ? Le mieux est de juger sur pièces en relisant les 193 numéros de la BD (en VO chez Image Comics ou en VF chez Delcourt) et en regardant les 147 épisodes en DVD ou VOD.

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