BRITISH COMICS : JUDGE DREDD


Depuis 1977
Éditeur : Rebellion (UK)

Pour fêter la 500e semaine de publication des BD Chroniques, voici un rapide focus sur l’un de mes personnages préférés, l’iconique et iconoclaste Judge Dredd !


Apparu dans le n° 2 de l’hebdomadaire britannique 2000 AD, le Judge Dredd en est devenu la figure tutélaire, présent dans chaque parution, depuis 1977, pour des histoires courtes ou de grandes épopées feuilletonesques à suivre. Sa création fut un véritable travail d’équipe au grand dam de ceux qui participèrent le plus dans la conception de ce «Lawman of the Future». Tout commence lorsque Pat Mills est embauché par l’éditeur IPC pour concevoir une nouvelle revue entièrement dédiée à la science-fiction. Il s’investit totalement en créant plusieurs séries parmi lesquelles M.A.C.H.1, un ersatz en BD de L’Homme qui valait 3 milliards, ou Flesh centrée sur un tyrannosaure rex. Ayant déjà collaboré avec le scénariste John Wagner pour le lancement de Battle Picture Weekly, un autre titre d’IPC, il fait appel à lui pour imager l’un des nouveaux héros de 2000AD et cela donne un policier dans une mégapole du futur. Mills propose de le baptiser Judge Dread, un nom inspiré d’un des nombreux personnages qu’il a inventés sans forcément les voir publiés. Pour éviter une confusion possible avec un musicien de reggae utilisant ce pseudonyme, c’est finalement Judge Dredd qui est retenu. Alors que Wagner compose les bases du monde du «Lawman of the Future», Mills demande au dessinateur Carlos Ezquerra (1947-2018), qui illustre The Rat Pack et Major Eazy pour Battle Picture Weekly, de lui imaginer un physique et un univers graphique. Le directeur artistique de 2000AD, Doug Church, apporte sa pierre à l’édifice en transposant l’action initialement située dans une New York futuriste vers une Mega-City One qui ouvre tout un ensemble de possibilités au-delà du cadre d’une ville existante. Pour d’obscures raisons mêlant planning et absence de reconnaissance financière, ni Wagner ni Ezquerra ne collaborent au premier épisode de Judge Dredd. C’est un certain Peter Harris qui signe «Judge Whitey», tandis que Mike McMahon réussit à conserver l’essentiel des éléments du Juge conçu par Carlos Ezquerra.


Se développant au gré des diverses contributions à la série, le personnage du Judge Joseph Dredd entraîne le lecteur dans un monde d’après la guerre thermonucléaire, où la population humaine est désormais concentrée dans des mégalopoles surpeuplées. Ces immenses conurbations sont entourées de vastes zones désertiques irradiées où survivent diverses communautés composées de mutants et d’exilés. Chargés du maintien de l’ordre, les Judges de la cité sont à la fois policiers, jurys et bourreaux, et Joe Dredd est le meilleur d’entre eux ! Personnage monolithique, autoritaire, ne vivant que par la loi et pour la loi, Judge Dredd permet, comme toute bonne œuvre de science-fiction, à travers sa vision de la mégapole du futur, de mettre en évidence les travers de la société actuelle. Afin de maintenir le rythme de parution soutenu, c’est toute une équipe de scénaristes, dessinateurs, coloristes et lettreurs qui anime et développe l’univers complexe et fascinant de Mega-City One. Se sont ainsi succédé, durant les premières années, des auteurs aussi inventifs que Wagner, Mills, Alan Grant, Garth Ennis, Mark Millar, Grant Morrison, Gordon Rennie, Robbie Morrison et bien d’autres pour inventer des histoires toujours plus folles, et des graphistes talentueux, dans la lignée d’Ezquerra et de McMahon, comme Ian Gibson, Brian Bolland, Dave Gibbons, Brendan McCarthy, Brett Ewins (1955-2015), Ron Smith, John Burns, Steve Dillon (1962-2016), John Higgins, Simon Fraser, Duncan Fegredo, Trevor Hairsine et d’autres encore pour les illustrer. Et ce ne sont là que quelques-uns des artistes qui ont mis ou mettent leur talent au service du Judge Dredd.


Présent depuis les origines, John Wagner signe ponctuellement quelques aventures inédites de sa création, que ce soit dans les pages de 2000AD ou dans le mensuel Judge Dredd Megazine. Cependant, au fil des ans, de nouvelles générations d’auteurs et de dessinateurs viennent redonner du punch à cette série qui dépasse aujourd’hui les quarante ans de publication hebdomadaire. Côté scénario, on assiste ainsi, depuis le début des années 2000, à la montée en puissance du Gallois Rob Williams. S’il travaille désormais régulièrement pour Marvel (Skaar: King of the Savage Land, en 2011) ou DC Comics (Suicide Squad, de 2016 à 2019), il reste fidèle au Judge Dredd en signant des aventures qui combinent allègrement SF et horreur, à l’image des quatorze chapitres de « End of Days » (Prog 2184 à 2198, en 2020), dessinés par Colin Macneil et Henry Flint.
Autre auteur régulier de la série phare de 2000AD, le romancier irlandais Michael Carroll n’hésite pas à bousculer l’univers de Mega-City One en créant quelques seconds rôles plus ou moins marquants. Dans le Prog 1939, en 2015, avec le dessinateur Paul Davidson, il offre un fils au célèbre Judge-Sergeant Joyce d’Emerald Isle (créé par Ennis et Dillon dans le Prog 727, en 1991) en la personne du Judge Fintan Joyce, mêlant continuité et renouvellement. Avec Flint, il donne également naissance à Paradox Vega, dans le Prog 2016, en 2017, une jeune mutante qui oblige Dredd à faire quelques concessions et aménagements dans le respect de la loi, jouant ainsi avec la rigidité classique du personnage.
Cet apport régulier de sang neuf, tant du côté narratif (avec des auteurs tels que Williams, Carroll, Al Ewing, Simon Spurrier, Rory McConville, Arthur Wyatt,...) que pour la partie graphique (avec des artistes aussi talentueux que Macneil, Flint, Davidson Nick Percival, Carl Critchlow, Boo Cook,...), permet au Judge Dredd de rester une série intéressante et surprenante que l’on peut suivre à son rythme sans craindre la moindre déception.

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