L’année 2021 semble se présenter sous les plus sombres auspices pour la BD. Après l’annonce de la première partie du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, réservée aux professionnels et qui devait se dérouler au mois de mars prochain, voici que l’on apprend le décès d’une des légendes du Journal de Tintin, le scénariste et dessinateur Jean Graton, père du plus célèbre des coureurs automobiles : Michel Vaillant ! Il s’est éteint ce jeudi 21 janvier 2021, à l’âge de 97 ans.
Né le 10 août 1923, à Nantes, le jeune Jean Graton veut faire de la bande dessinée son métier. Il quitte donc sa Bretagne natale pour se rendre au pays de la BD, la Belgique. Il fait ses premières armes dans le dessin publicitaire avant de rejoindre la World Press de Georges Troisfontaines (1919-2007). Conçue sur le modèle d’Opera Mundi, cette agence fournit du matériel clé en main aux éditions Dupuis et emploie des auteurs aux parcours mémorables, parmi lesquels : Jean-Michel Charlier (1924-1989), Victor Hubinon (1924-1979), Eddy Paape (1920-2012) et bien d’autres. Sur des scénarios de Charlier ou d’Octave Joly (1910-1988), il devient, en 1951, l’un des illustrateurs des Belles histoires de l’Oncle Paul pour le Journal de Spirou. Ces récits complets en quatre planches s’inspirant de personnages historiques et de faits réels est une école d’efficacité pour toute une génération d’artistes contraints par ce cadre strict. Illustrateur d’une bonne quarantaine d’Oncle Paul en trois ans, Jean Graton a envie de passer à autre chose et surtout d’avoir son propre héros. Ce sera Michel Vaillant !
C’est dans l’espoir de créer une série dont il pourra être tout à la fois le dessinateur et le scénariste que Jean Graton rejoint le Journal de Tintin, en 1953. Il y débute par des récits complets, qui ressemblent beaucoup à des Oncle Paul, qu’il dessine et écrit. Sa première collaboration est certainement la plus intéressante puisqu’il s’agit de « Sa première ronde » qui a pour cadre le Grand Prix de Belgique de Formule 1 à Spa-Francorchamps et fait la couverture du n° 250 du Journal de Tintin. Lorsqu’il passe enfin aux histoires à suivre, c’est avec un héros pilote de course qu’il baptise Michel Vaillant. Il fait sa première apparition dans les pages de Tintin, en 1957, avec « Le grand défi ». Contrairement à certains personnages de BD totalement intemporels, Graton va coller aux évolutions techniques du sport automobile, les précédant parfois avec les célèbres Vaillantes au look futuriste développées par Jean-Pierre Vaillant. Car, si Michel Vaillant est principalement une saga d’aventures sportives, c’est aussi une chronique familiale. Michel a un frère ingénieur, un père et une mère, une belle-sœur, des amis qui ont souvent la tête dure mais un grand cœur comme Steve Warson et des guest stars telles que Jacky Ickx ou Alain Prost.
Habilement conçue comme un mélange de sport mécanique, de soap opera, avec des rivaux parfois dignes des super-héros américains à l’image du Leader et de sa fille Ruth, Michel Vaillant a su survivre à la fin du Journal de Tintin. Les albums, publiés par les éditions du Lombard, Dargaud, Fleurus, Novedi et, finalement, Graton Éditeur, à partir de 1982, sortent au rythme d’un titre par an, grâce à l’imagination fertile de Jean Graton, à la collaboration de toute une équipe assistant le créateur sur les dessins et la participation de son fils Philippe à l’élaboration du scénario, depuis 1994. Jean Graton prend sa retraite en 2004, laissant l’avenir de son héros à son fils et au Studio Graton. Au-delà de la BD, Michel Vaillant fait partie des premières œuvres du 9e art à avoir été adaptées à la télévision avec les treize épisodes des Aventures de Michel Vaillant diffusés du temps de l’ORTF, en 1967, avec l’ancien pilote de course Henri Grandsire dans le rôle titre. Il a aussi eu droit à 65 épisodes d’une série d’animation franco-américaine, en 1990, et à un long-métrage, en 2003, produit par Luc Besson, avec Sagamore Stévenin en pilote de Vaillante. D’ailleurs, on peut signaler que plusieurs voitures de l’écurie Rebellion Racing, rebaptisées Vaillantes, participèrent, dans la catégorie Prototype, à l’édition 2017 des 24 heures du Mans.
Auteur de Michel Vaillant, Jean Graton a également dessiné l’éphémère série Les Labourdet écrite par son épouse Francine (1932-2011), de 1966 à 1972, et Julie Wood, une jeune Américaine qui ne vit que pour la moto, créée pour l’éphémère hebdomadaire Super As en 1976, puis intégrée à la saga Michel Vaillant, comme love interest de Steve Warson. C’est une des figures légendaires de la BD franco-belge qui vient de disparaître, laissant derrière lui un héros en plein renouveau (1).
Note :
1 – Après pas moins de 70 albums la série Michel Vaillant s’arrête pour faire peau neuve. Sous l’impulsion de Philippe Graton, c’est une véritable renaissance qui s’opère avec l’adjonction d’un coscénariste en la personne de Denis Lapière (Tif et Tondu, Dupuis de 1991 à 1997), et la mise en place d’un tandem de dessinateurs : Marc Bourgne (Frank Lincoln, Glénat de 2000 à 2012), en charge des story-boards et des personnages, et Benjamin Benéteau (s’occupant des décors, des véhicules et des scènes de course). Cette nouvelle série des aventures de Michel Vaillant, qui s’inscrit dans la continuité de l’œuvre originale, est publiée par Graton éditeur en partenariat avec Dupuis.






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