BD : Champignac tome 2 : Patient A


Scénario de BéKa – Dessins, couleurs et couverture de David Etien
Février 2021 – 48 pages
Éditeur : Dupuis - dupuis.com

Alors que la guerre fait rage en ce mois de mai 1941, le comte de Champignac partage quelques instants intimes avec Blair McKenzie, une jeune et jolie scientifique recrutée, comme lui, pour aider Alan Turing à décrypter le code de la machine Enigma. Son ami le mathématicien Black l’informe qu’un message en provenance de l’Institut Kaiser-Wilhelm a été intercepté et décodé. Il semble que des savants européens soient contraints de participer au programme de recherches des nazis et, parmi eux, il y a deux proches de Champignac, le chimiste Schwartz et le biologiste Bruynseelke. Le comte décide de tout faire pour sauver ses amis.


Un peu à la manière des multiverses du monde des comic books qui permettent d’imaginer des versions divergentes et parfois contradictoires des plus grands super-héros, les éditions Dupuis développent, depuis quelques années, un Spirou-verse (1) qui permet de découvrir un Spirou différent qui évolue selon la sensibilité des auteurs et la période choisie. On peut tout naturellement rattacher à ce Spirou-verse Le Petit Spirou de Tome et Janry (de 1990 à 2019), ainsi que le Zorglub de José Luis Munuera (depuis 2017), mais son nexus reste bien évidemment la collection baptisée Le Spirou de… C’est dans ce cadre qu’Émile Bravo se livre à une réécriture des origines du personnage créé en 1938 par Rob-Vel (1909-1991), à travers ses albums : Le Journal d'un ingénu (2008), Spirou ou l'espoir malgré tout : Un mauvais départ (2018) et Spirou ou l'espoir malgré tout : Un peu plus loin vers l'horreur (2019), qui offre à découvrir des déclinaisons moins humoristiques de Spirou et Fantasio, témoins de la montée du nazisme. C’est cette même époque troublée qui sert de décor aux exploits d’un jeune Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas, comte de Champignac, avant sa rencontre avec le célèbre groom.


Dans la continuité du tome 1 de Champignac, « Enigma » (2019), BéKa (Les aventures de Teddy Riner, Dargaud de 2016 à 2018) et David Etien (Les Quatre de Baker Street, Vents d’Ouest depuis 2009) mêlent avec une certaine habileté les faits historiques et les personnages réels, comme l’ingénieur Wernher Von Braun ou Adolf Hitler en personne, avec leurs héros de fiction. Cependant, alors qu’Émile Bravo entraîne le petit groom vers un public plus adulte, BéKa et Etien s’adressent plutôt à un lectorat plus large préférant, pour l’un, proposer un scénario simple et linéaire, et, pour l’autre, un dessin clair et efficace. Le fan de la première heure de Spirou et Fantasio sera certainement surpris, mais plutôt agréablement, de découvrir que ce vieux zinzin de comte de Champignac a été jeune et a eu des aventures amoureuses, qu’il a été un véritable héros, courageux et qu’il a toujours été prêt à prendre tous les risques pour ses amis, profondément humaniste, épaulé ici par une véritable héroïne nommée Blake qui lui vole parfois la vedette. On attend la suite.


Note :

1 - Spirou-verse qui se décline également sur grand écran avec Le Petit Spirou (de Nicolas Bary, 2015) et Les aventures de Spirou et Fantasio (d’Alexandre Coffre, 2018), ainsi qu’à la télévision avec les deux séries d’animation Spirou (sur TF1 de 1993 à 1995) et Spirou et Fantasio (sur M6 de 2006 à 2009).

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