In Memoriam : Benoît Sokal (1954-2021)


Même s’il s’était devenu un auteur rare depuis quelques années, Benoît Sokal fait partie des maîtres de la bande dessinée révélés ou consacrés par le défunt magazine (À suivre), au même titre que Hugo Pratt (1927-1995), Claude Auclair (1943-1990), Jacques Tardi (Nestor Burma d’après Léo Malet), Didier Comès (1942-2013), Jean-Claude Servais (Tendre Violette), Munoz & Sampayo (Le Bar à Joe) et quelques d’autres. Il s’est éteint le 28 mai 2021, des suites d’une longue maladie.


Né le 28 juin 1954, à Bruxelles, Benoît Sokal a fait ses études artistiques au sein de l’Institut Saint-Luc, prestigieuse école d’où sont sortis André Franquin (1924-1997), Jidéhem (1935-2017), François Schuiten (Les Cités obscures) et bon nombre de dessinateurs belges. Dès 1978, il est présent au sommaire du magazine des éditions Casterman, (À Suivre), avec un personnage de palmipède policier : l’inspecteur Canardo ! Malgré son aspect de canard anthropomorphe à la Donald Duck, Les enquêtes de l'inspecteur Canardo louchent largement du côté du polar sombre, à la manière des hard boiled façon Raymond Chandler et Mickey Spillane, avec des ambiances moins urbaines et plus campagnardes. Canardo n’est pas un héros modèle, il fume et il boit. Même s’il porte un imperméable comme Columbo, il ne partage pas son goût pour les voitures françaises puisqu’il conduit une Cadillac Eldorado Biarritz 1956 blanche. D’abord au centre d’histoires courtes, Canardo a rapidement droit à des enquêtes au long cours et ce sont ainsi pas moins de vingt-six albums qui paraissent, de 1978 à 2018, aux éditions Casterman. Dès le dixième tome de la série, « La fille qui rêvait d’horizon » (1999), Sokal est assisté au dessin par Pascal Regnauld, puis à compter du 17e opus, « Une bourgeoise fatale », son fils Hugo Sokal vient l’épauler dans la création des intrigues.


Si l’œuvre majeure de Benoît Soka est et restera à jamais Les enquêtes de Canardo, le dessinateur a, au cours de sa désormais trop brève carrière, dessiné d’autres histoires qui ont pu surprendre les amateurs de Canardo. En effet, abandonnant le style animalier et l’humour noir, Benoît Sokal livre à (À Suivre), en 1987, un récit historique traité de manière beaucoup plus réaliste. Écrit par Alain Populaire, Sanguine entraîne ainsi le lecteur au cœur de la guerre de Trente Ans, avec des dessins qui rivalisent ceux de François Bourgeon et sa saga médiévale Les Compagnons du crépuscule. En 1996, Sokal signe seul Le Vieil Homme qui n’écrivait plus, un autre roman graphique qui plonge dans les heures sombres de l’Occupation. S’intéressant depuis longtemps à l’informatique et faisant partie des pionniers de la mise en couleurs par ordinateur de ses bandes dessinées, Benoît Sokal franchit un pas vers le monde des jeux vidéo en collaborant aux graphismes de L’Amerzone : le testament de l’explorateur pour le studio Microïds, en 1999. L’expérience est suffisamment concluante pour que Sokal récidive, en 2002, avec Syberia. Alternant depuis BD et jeux vidéo, Benoît Sokal est un créateur aux multiples talents qui laisse un vide que ses seules œuvres ne combleront pas.

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