Guts, le sombre héros du manga culte Berserk, est orphelin et nul ne connaîtra la fin de ses aventures. Son créateur, le mangaka Kentarô Miura, est mort le 6 mai 2021, à l’âge de 54 ans, d’une dissection aortique aiguë.
Né le 11 juillet 1966, à Chiba, Kentarô Miura a toujours voulu devenir mangaka. À dix ans, le jeune écolier qu’il est dessine son premier manga pour ses camarades de classe. Si son dessin est loin d’avoir atteint la maturité de ses dernières œuvres et reste largement influencé par Go Nagai (Devilman), il s’affirme au fil des ans et l’amateur laisse doucement la place à un professionnel maintes fois primé. Comme la grande majorité des dessinateurs nippons, il passe ses jours et ses nuits à produire des mangas à la chaîne jusqu’à ce que l’une de ses créations rencontre le succès critique et populaire. En 1988, il publie ainsi le one-shot Berserk Prototype dans le Gekkan ComiComi de l’éditeur tokyoïte Hakusensha. Cette première histoire de dark fantasy est récompensé par le Prix Comi Manga et ouvre la voie à la publication de la série à long cours Berserk. C’est donc dans les pages du bimensuel Animal House, rebaptisé depuis Young Animal, que paraissent, dès 1989, les aventures de Guts, Griffith, Casca et toute la Troupe du Faucon dans un univers médiéval fantastique, sombre et violent. Même si, au fil des ans, le rythme de parution des épisodes de Berserk s’est ralenti, permettant à Miura de créer de véritables fresques à la manière de Jérôme Bosch et Gustave Doré, ce sont pas moins de quarante tomes qui sont aujourd’hui disponibles en version originale chez Hakusensha et dans la collection Seinen Manga des éditions Glénat pour la traduction française.
Si l’œuvre majeure de Kentarô Miura est et restera à jamais Berserk, le mangaka a, au cours de sa désormais trop brève carrière, illustré quelques one-shots écrits par nul autre que Buronson, le scénariste de Ken le survivant et de Crying Freeman. Ensemble, ils cosignent ainsi, pour l'éditeur Hakusensha, Oh-roh en 1989, Oh-roh Den en 1990 et Japan en 1992. Cette dernière histoire est une uchronie qui plonge un groupe de Japonais lambda (un yakuza, une journaliste et des étudiants) dans un futur à la Mad Max où le Japon n’existe pas. Japan a d'étranges accents nationalistes qui surprennent de la part de l’auteur de Berserk beaucoup plus à l'aise dans les univers purement imaginaires des royaumes de Midland ou de Tudor. En 2015, Miura signe en solo les sept chapitres de Gigantomachia, prépubliés dans le magazine Young Animal, une histoire qui s’éloigne sensiblement de Berserk, mais reprend les thématiques classiques de l’auteur : violence, religion et références aux mythes et légendes. Comme tous les mangakas, afin de tenir le rythme de parution imposé par les éditeurs, Miura est assisté par des artistes chargés des personnages secondaires, des décors ou des trames. Réunis au sein du Studio Gaga, ils se trouvent fort dépourvus lorsque leur mentor, dans un souci de qualité, ralentit sa cadence et limite ses rares escapades en dehors de l’univers de Berserk. Miura leur offre l’occasion d’exercer leurs talents en leur confiant les commandes de Duranki, un manga qu’il se contente de présenter, mais qui est entièrement réalisé par les membres du Studio Gaga.
Comme tous les mangas à succès, Berserk a eu droit à des adaptations animées plus ou moins qualitatives. On se souvient avec nostalgie des 25 épisodes du Berserk du studio OLM, en 1997-1998, adaptant avec fidélité les volumes 4 à 13 de la saga. On peut oublier les 24 épisodes de la série en animation de synthèse de 2016-2017 des studios GEMBA et Millepensee, qui faisait pourtant suite à trois longs-métrages d’excellente facture du Studio 4°C, en 2012 et 2013, ces derniers reprenant l’adaptation du cycle de L’Âge d’or et son zénith que constitue l’éclipse. Comme tous les mangas, Berserk a été influencé par d’autres productions littéraires, graphiques, cinématographiques ou culturelles que Kentarô Miura a intégrées à son œuvre. Certains personnages participent à ce jeu de référence, ainsi deux des membres de la God Hand ont des noms qui renvoient à des maîtres de la SF américaine : Ubik et Slan. Comme tous les mangas, Berserk n’a pas été conçu avec un début et une fin, son histoire s’écrivait au fur et à mesure des chapitres publiés. Cependant, en prenant de l’âge, Kentarô Miura s’inquiétait de sa propre lenteur et faisait part de ses craintes de ne pas pouvoir donner à Berserk la conclusion qu’il méritait et qui était attendue, le plus tard possible, par les fans. Son œuvre restera donc inachevée.





Commentaires
Enregistrer un commentaire