Eagle, l’Aigle à deux têtes tome 4 : Rédemption
Scénario de Wallace – Dessins, couleurs et couverture de Julien Camp
Adler, l’Aigle à deux têtes tome 4 : Le choix du retour
Scénario de Patrice Buendia – Dessins, couleurs et couverture de Damien Andrieu
Avril 2021 – 2 x 48 pages
Éditeur : Zéphyr, un label du groupe Dupuis – dupuis.com
Victimes d’une malédiction maorie, Hans Raeder et James O’Brady ont bien malgré eux échangé leur esprit. Fort heureusement, ils récupèrent leur corps, mais vont, chacun de leur côté, devoir justifier les actes commis pendant que l’autre était aux commandes. Hans va devoir démontrer à sa hiérarchie qu’il n’est en rien d’un déserteur et il doit tenter de comprendre ce sentiment étrange qui l’habite chaque fois qu’il voit cette jeune « sauvage » qu’il devrait, en tant qu’aryen, détester ou ignorer. De son côté, James, condamné aux travaux forcés, se voit offrir une chance de piloter l’un des planeurs Waco qui doivent permettre de projeter les forces américaines au cœur de l’Europe en guerre.
Si l’idée de conter en parallèle le destin d’un pilote allemand (Adler, l’Aigle à deux têtes) et d’un pilote américain (Eagle, l’Aigle à deux têtes) peut sembler relativement classique, le projet prend un tour surprenant lorsque le fantastique s’invite dans l’histoire. Alors que les premiers tomes présentent les deux personnages principaux de manière plutôt traditionnelle, avec leurs rêves, leurs angoisses et le poids de leur héritage familial, l’introduction de ce twist qu’est la malédiction maorie et l’échange des corps donne une dimension singulière à cette saga aéronautique et historique. Le seul réel problème du projet, outre l’obligation d’acheter deux albums à chaque sortie, reste sans doute le fait que, malgré l’unité de ton nécessaire, les deux séries sont confiées à des équipes artistiques différentes. Patrice Buendia (Air America, Zéphyr en 2019) et Damien Andrieu (Emergency, Zephyr en 2013) s’occupent ainsi d’Adler, l’Aigle à deux têtes, tandis que Wallace (Air America, Zéphyr en 2019) et Julien Camp se chargent d’Eagle, l’Aigle à deux têtes. Ce qui ne peut qu’entraîner d’inévitables comparaisons sur la narration et le graphisme.
D’une certaine manière, Wallace part avec un handicap, car les origines de James O’Brady, plus ou moins inspirées de la saga familiale des Kennedy, rendent le personnage moins sympathique. Et, lorsque l’esprit de Hans Raeder prend possession du corps de l’Américain, il devient encore plus antipathique pour ses compagnons et pour le lecteur. Si le dessin de Julien Camp frôle la perfection pour les avions et les décors détaillés à souhait, ses personnages sont beaucoup moins convaincants. Pour sa part, Patrice Buendia semble jouer la facilité avec un Hans Raeder dont les origines modestes le poussent à se dépasser en mémoire d’un père mort trop tôt et magnifié. Un Hans Raeder qui est l’archétype du nazi antisémite, mais qui change du tout au tout lorsqu’il est habité par l’esprit d’O’Brady et qui en garde les traces quand il récupère son corps. Le trait de Damien Andrieu s’affirme au fil des albums. L’Aigle à deux têtes n’atteint son réel potentiel que si l’on suit en parallèle les deux séries à l’image des couvertures tout à la fois symétriques et opposées de chaque tome.




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