Le père du Concombre Masqué s’en est allé. Discret et oublié par certains, Nikita Mandryka a cependant marqué la bande dessinée du 20e siècle de son empreinte, en tant que dessinateur bien évidemment, mais aussi scénariste, fondateur de revue, rédacteur en chef et directeur de rédaction. Plusieurs fois récompensé pour l’ensemble de son œuvre ou pour son travail sur son Concombre Masqué, il fait partie de ceux qui ont révolutionné la BD française, dans les années 1970, au même titre que Gotlib (1934-2016), Moebius (1938-2012), Bretécher (1940-2020) et quelques autres.
C’est dans les pages de l’hebdomadaire Vaillant et de son successeur Pif Gadget que le jeune Nikita Mandryka fait ses premiers pas de dessinateur, au début des années 1960. Il y signe divers gags et y introduit son personnage fétiche, le Concombre Masqué, légume anthropomorphe philosophe et adepte de l’humour absurde. Il croise Marcel Gotlib qui y anime les aventures de Gai-Luron. En 1967, accompagné de son Concombre Masqué, il rejoint la rédaction de Pilote, alors hebdomadaire, où Gotlib dessine les Dingodossiers, et où Claire Bretécher impose des sujets tout à la fois plus féminins et plus adultes avec Cellulite. Cependant, ces jeunes dessinateurs voient leur créativité bridée par la rigueur de ce rédacteur en chef strict qu’est René Goscinny (1926-1977). S’affranchissant définitivement de la tutelle du scénariste d’Astérix le Gaulois, le trio s’évade et fonde, en 1972, le magazine qui répond à ses attentes, libre et indépendant, L’Écho des Savanes.
Alors que, dès 1973, Bretécher s’en va créer Les Frustrés dans les pages du Nouvel Observateur, et que Gotlib lance son propre journal, en 1975, Fluide Glacial, Mandryka reste, en tant qu’auteur et rédacteur en chef, le pilier d’un Écho des Savanes qui se cherche, expérimente et innove, avec plus ou moins de succès. En 1979, le père du Concombre Masqué jette l’éponge et abandonne L’Écho entre les mains d’un comité de rédaction formé de Salvi, Got et Rouzaud qui maintient le vaisseau à flot jusqu’en 1982 et sa reprise par Albin Michel, mais c’est une autre histoire. Son implication à la direction de L’Écho laisse cependant à Nikita Mandryka le temps de participer brièvement à l’aventure Métal Hurlant où il livre une parodie de space opera avec Jules l’Éclair (sur un scénario de Jean-Pierre Dionnet), et de faire quelques apparitions dans les pages du prestigieux magazine (À Suivre).
Après L’Écho, il devient, en 1982, rédacteur en chef de la nouvelle formule de Charlie Mensuel repris par les Éditions Dargaud, où il scénarise une version très hot d’Alice (mise en images par Peter Riverstone). Cédant la direction du magazine à Philippe Mellot (le M du mythique BDM Trésors de la bande dessinée), il rejoint Pilote, en 1984, où il assure la fonction de directeur de rédaction. De 1990 à 1993, il retrouve son Concombre Masqué pour une série de gags dans les pages du journal de Spirou, avec une reprise en albums par les Éditions Dupuis. Dans les années 2000, il est crédité comme coscénariste de plusieurs opus des Gardiens du Maser, une série de science-fiction de l’Italien Massimiliano Frezzato, pour les Éditions USA. Mais surtout, il anime le site officiel de son héros (leconcombre.com) où il publie en avant-première la suite de ses aventures, éditées ensuite par Dargaud.
Au cours de sa longue carrière sous influence cucurbitacée, Nikita Mandryka a été récompensé par ses pairs pour son travail. Il a ainsi obtenu le Yellow-Kid du meilleur auteur étranger en 1972, le Grand prix de la ville d’Angoulême en 1984, le Prix du patrimoine du festival d’Angoulême pour le Concombre Masqué en 2005 et le Grand Prix Töpffer 2019. Il est mort le 13 juin 2021, à l’âge de 80 ans, chez lui à Genève.
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| Jules l’Éclair |






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