Couverture de Michel Schetter
Février 1985 – 100 pages
Éditeur : Glénat
Alors qu’en cette fin de 20e siècle les amateurs du 9e art délaissent de plus en plus les prépublications au profit des albums. Les revues BD dédiées à un public adulte se déchirent pour conquérir, fidéliser et empêcher la fuite d'un lectorat de plus en plus volatile. L’Écho des Savanes version Filpacchi lance la mode des couvertures sexy qu’il s’agisse de photos ou de dessins. Charlie Mensuel (repris en main par Dargaud Éditeur), Métal Hurlant (encore sous la bannière des Humanoïdes Associés) et Circus (le bébé de Jacques Glénat) empruntent eux aussi la voie toute tracée d’une bande dessinée qui se fait racoleuse.
Le summum est atteint avec ce hors série du magazine Circus qui, outre la couverture plus que sexy signée Michel Schetter (Cargo, Schetter Éditeur de 2000 à 2004), se présente comme un numéro spécial Putes. Henri Filippini, rédacteur en chef de cette fort surprenante publication a beau essayer d’argumenter, dans un éditorial fort justement titré « Racolage ! », il finit cependant par se défausser en concluant que Circus ne fait que proposer ce que veulent les lecteurs. Mais il termine son discours par le souhait que, malgré cet aspect éminemment racoleur, on puisse lire avec plaisir ces histoires courtes où les auteurs maison parlent du plus vieux métier du monde avec beaucoup de tendresse, parfois avec humour. Il faut dire que ce numéro spécial apparaît comme le vecteur idéal pour prépublier « La pute de 300 livres », l’une des nouvelles adaptées de l’œuvre de Charles Bukowski (1920-1994) par le dessinateur allemand Matthias Schultheiss (Woman on the River, Glénat en 2012), réunies dans l’album Folies ordinaires (Glénat, 1985).
Parmi les autres auteurs maison, on retrouve bien évidemment Yann, scénariste de Bob Marone (Glénat en 1984 et 1985), qui propose ici, avec son complice Marc Hardy (Pierre Tombal, Dupuis de 1986 à 2017), « Le petit louveteau triste », une histoire courte de sa Patrouille des libellules, où les prototypes de Lolo et Sucette font leur apparition avant de revenir en force, sous leurs formes définitives, dans les pages du mensuel en 1988. Il y a également Jan Bucquoy (Jean-Pierre Leureux, Glénat en 1987) qui livre, avec sa crudité et sa cruauté habituelles, un récit complet intitulé « Vécu », mettant en scène un romancier raté dans le quartier chaud de Pigalle mis en images par Marc Hernu (Le Destin de Sarah, Glénat de 1986 à 1991).
Ces histoires, même si elles donnent le beau rôle aux péripatéticiennes, ne pourraient très certainement plus être publiées dans un magazine aussi largement distribué que Circus, à son apogée au siècle dernier. Féminisme, politiquement correct, autocensure, bien-pensance et autres argumentaires de bon aloi empêcheraient de telles publications. Est-ce un mal ? Est-ce un bien ? Chacun est libre de sa réponse… pour l’instant.
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| Image d'illustration |




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