PHIL’S COMICWORLD : Peacemaker, un personnage ambigu

John Cena as The Peacemaker

Remis sur le devant de la scène super-héroïque grâce au dernier long-métrage de James Gunn (et bientôt une série TV sur HBO Max), The Suicide Squad, le Peacemaker apparaît comme un personnage ambigu qui est prêt à tuer au nom de la paix. On peut le voir comme l’archétype de l’impérialiste américain, capable de mentir pour justifier une guerre censée imposer la démocratie dans un pays lointain. Présenté au mieux comme un anti-héros, au pire comme un super-villain, ou inversement, cette incarnation du Peacemaker est dans la droite ligne de son évolution depuis sa création, en 1966, sous le label Charlton Comics, et son intégration plus ou moins réussie au sein du DC Universe.

Peacemaker (Pat Boyette (c) Charlton)

Peacemaker apparaît pour la première fois en tant que back-up feature du comic book Fightin’5, très précisément dans le numéro 40 (cover date : November 1966). Édité par Charlton Comics, ce bimestriel scénarisé par Joe Gill (1919-2006) conte les aventures d’un commando de cinq super-espions. Lorsque Fightin’5 est annulé à son numéro 41 (cover date : January 1967), Peacemaker obtient son propre titre, avec les Fightin'5 en back-up feature. Gill se charge du scénario des deux séries, tandis que Pat Boyette (1923-2000) assure la mise en images. Le Peacemaker original s’appelle Christopher Smith, c’est un diplomate travaillant pour la Conférence sur le désarmement de Genève, sous l’égide de l’ONU. Attaché à la paix de par son métier, il est prêt à utiliser la force pour l’imposer, mais en privilégiant des armes spéciales non létales. Il n’hésite pas à prendre des risques, dissimulant son identité sous un casque original et portant fièrement le symbole de la colombe sur son torse, et affronte des chefs de guerre et des dictateurs le temps de cinq épisodes (cover dates : March to November 1967).

Peacemaker (Tod Smith (c) DC Comics)

Lorsque Charlton Comics fait faillite au milieu des années 1980, la maison d’édition de Derby, Connecticut, laisse derrière elle quelques super-héros colorés parmi lesquels Blue Beetle, Captain Atom, Peter Cannon...Thunderbolt, Judo Master et Peacemaker. Que DC Comics ajoute à son catalogue. Après un passage obligé par la Crisis on Infinite Earths, le Who's Who: The Definitive Directory of the DC Universe et quelques guest appearances, Peacemaker intègre le DC Universe grâce à une série limitée. Scénariste de des quatre numéros consacrés au protecteur de la paix, Paul Kupperberg profite de l’occasion pour donner des origines plus complexes à Christopher Smith, plus dans l’air du temps. Ainsi, son besoin irrépressible de voir la paix triompher, par tous les moyens, est causé par un traumatisme familial. En effet, avant de prendre le nom générique de Smith, Christopher s’appelait Schmidt et il n’était encore qu’un petit enfant lorsque le passé de son père fut révélé. Ce dernier était le commandant d’un camp nazi et s’est suicidé, le laissant seul avec sa mère, mais venant régulièrement le hanter. Illustrés par Tod Smith, les quatre chapitres de Peacemaker (cover dates : January to April 1988) conservent l’aspect physique du personnage tout en l’éloignant de l’héroïsme naïf de ses origines pour en faire un être ambigu et tourmenté.

Peacemaker et Vigilante (Denys Cowan & Kyle Baker (c) Dc Comics)

Définitivement redéfini comme un vigilant, Peacemaker croise donc tout naturellement la route d’autres justiciers connus pour leur violence. Le Punisher étant occupé chez Marvel, Christopher Smith affronte ainsi le Vigilante (1), créé par Marv Wolfman pour DC Comics. Ses qualités martiales lui permettent ensuite, malgré son instabilité, d’être recruté par l’agence gouvernementale Checkmate (2) chargée d’actions top secrètes à l’internationale. Cette organisation étant liée à la Task Force X, il est normal que Peacemaker rencontre le Suicide Squad (3) lors de l’affaire de la « Janus Directive ». Il rejoint finalement l’une des incarnations de cette équipe de super-vilains travaillant pour le gouvernement (4), comme leader d’un groupe dont les membres, Shrike, Bolt, Film Freak et lui compris, peuvent être sacrifiés. C’est une version comparable à ce Peacemaker que l’ex-catcheur John Cena incarne dans le long-métrage de James Gunn. Un Peacemaker capable de dire avec le plus grand sérieux et la plus grande conviction : « Je chéris la paix de tout mon cœur. Je me fiche du nombre d'hommes, de femmes et d'enfants que je dois tuer pour l'obtenir. »

Peacemaker (Eduardo Pansica (c) DC Comics)

Notes :

1 - Vigilante vol. 1 n° 36 à 38 (cover date : December 1986 to February 1987) – scénario de Paul Kupperberg et dessins de Denys Cowan et Tod Smith – et n° 41 à 43 (cover dates : May to July 1987) – scénario de Paul Kupperberg et dessins de Tod Smith.

2 - Checkmate vol. 1 n° 16 à 20 (cover dates : May to September 1989) – scénario de Paul Kupperberg et dessins de Rick Hoberg et Steve Erwin.

3 - Suicide Squad vol. 1 n° 27 à 30 (cover dates : May to June 1989) – scénario de John Ostrander & Kim Yale et dessins de John K. Snyder.

4 - Suicide Squad vol. 7 n° 1 (cover date : May 2021) et suivants – scénario de Robbie Thompson et dessins d’Eduardo Pansica.

John Cena as The Peacemaker

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