Cinq Circé de BD


Née dans les mythes et légendes grecs, Circé est une sorcière qui allie beauté et pouvoir. Capable de transformer les compagnons d’Ulysse en pourceaux et de séduire leur capitaine, elle possède ainsi tous les atouts pour devenir la vilaine du mois d’une série de comic books. Cette enchanteresse a tout naturellement envoûté bon nombre d’auteurs de bandes dessinées et les BD Chroniques vous proposent de découvrir une sélection de cinq de ces versions, de manière totalement partiale et complètement subjective.


Circé dans Ulysse par Jacques Lob et Georges Pichard (Dargaud, collection Phénix – France)
Associés pour conter les aventures érotico-humoristiques de l’orpheline Blanche Épiphanie apparue en 1967, dans les pages du défunt V Magazine, Jacques Lob (1932-1990) et Georges Pichard (1920-2003) se retrouvent pour revisiter L’Odyssée d’Homère. Publiée dans Linus, Charlie Mensuel et Phénix, puis en albums chez Dargaud, cette version mélange allègrement les sources mythologiques à des influences SF. Même si le héros de cette sage reste le fier Ulysse, qui perd ses fidèles compagnons au fil de ses rencontres, avec des créatures monstrueuses ou fascinantes, Pichard sait magnifier chaque personnage féminin comme la vénéneuse Circé qui tombe sous le charme d’Ulysse, tout en renvoyant son équipage à l’état bestial de ses mâles origines.
Initialement disponibles en deux tomes, « Ulysse » (1974) et « Le retour » (1975), dans la collection Phénix des éditions Dargaud, les aventures d’Ulysse ont été réunies en une superbe intégrale par Glénat pour son label Mythologie.


Sersi dans The Eternals par Jack Kirby (Marvel Comics – USA)
Créateur de multiples mythologies modernes qu’il s’agisse de sa version de Thor et des mythes nordiques développée avec la participation de Larry Lieber, pour Marvel Comics, à partir de 1962 ; de ses New Gods chez DC Comics en 1971 ; ou des Eternals chez Marvel en 1978, Jack Kirby (1917-1994) ne pouvait que s’inspirer des poèmes homériques. Il intègre ainsi la belle Sersi (Circé en VF) à son panthéon d’immortels. Elle rejoint Ikaris dans sa lutte contre les Déviants, l’aidant à protéger l’humanité des attaques de cette race née, comme les Éternels et les Humains, de la volonté des Célestes, ces divinités de l’espace aux pouvoirs incommensurables. Après la première série en dix-neuf épisodes développée par Kirby, Sersi a connu bien des aventures sentimentales parfois avec l’Éternel Makkari ou avec le super-héros The Black Knight, ou héroïques en tant que membre des Avengers.
Sersi apparaît dans The Eternals n° 3 (Septembre 1976), mais ses origines ne sont explicitées que dans le numéro suivant. La version française des Éternels de Jack Kirby a été publiée dans le mensuel des éditions Lug Strange n° 90 (Juin 1977) et suivants.


Circe dans Wonder Woman par George Pérez (DC Comics – USA)
De par ses origines, l’Amazone Wonder Woman semble tout naturellement destinée à rencontrer une adversaire issue des mythes et légendes telle que Circe. D’ailleurs, Diana Prince a, lors de l’une de ses premières apparitions, affronté une sorcière baptisée Circe, mais c’était en 1949, à la fin de l’Âge d’or des comics. Lorsqu’il reprend le personnage, à la fin des années 1980, George Pérez rappelle au bon souvenir des lecteurs que Diana n’est pas qu’une super-héroïne et que son rôle n’est pas de jouer les faire-valoir sexy de la Justice League of America, elle est une Amazone, fille de la reine Hippolyta. Elle côtoie les dieux du panthéon grec, chez qui elle a des amis et alliés fidèles comme Hermes, mais aussi de farouches adversaires tels qu’Ares et ses séides. Parmi ces Nemesis issues des légendes, on trouve donc une Circe qui, épaulée par une armée de créatures monstrueuses, se révèle capable de capturer et maîtriser Wonder Woman.
George Pérez conte l’affrontement entre Wonder Woman et Circé dans Wonder Woman vol. 2 n° 19 (Août 1988) fort justement intitulé « The Witch on the Island ». Un épisode traduit en français, par les éditions Urban Comics, dans le tome 2 de Wonder Woman : Dieux et Mortels (2017).


Circe dans Books of Magic par John Ney Rieber et Peter Snejbjerg (Vertigo – USA)
Tim Hunter est potentiellement le plus grand sorcier du monde. Il a été adoubé par la Trenchcoat Brigade, réunion informelle des mystiques les plus puissants du globe, John Constantine, Phantom Stranger et Mister E. Depuis cette révélation, le jeune Hunter croise de bien étranges personnes, parmi lesquelles Titania la reine des fées, Oberon le roi fées, le démon Barbatos, l’ange Araquel et d’autres encore. Circe fait partie de ces rencontres surprenantes. Cette version de la célèbre sorcière imaginée par le scénariste John Ney Rieber et le dessinateur Peter Snejbjerg habite Londres où elle s’occupe d’une boutique de tatouage. Vêtue de cuir, elle punit les hommes qui la prennent pour une prostituée de sa manière inimitable. Cependant, lorsque Tim Hunter se trouve piégé dans une forme animale après avoir joué avec ses pouvoirs naissants, c’est Circe qui lui redonne son apparence humaine, devenant l’une de ses alliées dans sa quête.
Circe fait sa première apparition dans les pages de The Books of Magic n° 13 (Juin 1995), sous une couverture de Charles Vess.


Circé la magicienne, tome 2 de L’Odyssée par Luc Ferry, Clotilde Bruneau et Giuseppe Baiguera (Glénat, collection la Sagesse des Mythes – France)
L’ultime Circé de notre sélection est forcément la plus fidèle au texte d’Homère, puisqu’elle apparaît dans le cadre de l’adaptation de l’œuvre du poète grec en bandes dessinées, même si ce dernier n’est pas crédité. Placée sous le haut patronage de l’ancien ministre de l’Éducation nationale et philosophe de profession Luc Ferry, cette Circé est la moins exotique des six sorcières présentées ici et la moins sulfureuse. On peut aisément comprendre que le cœur d’Ulysse se mette à battre pour cette beauté méditerranéenne. Véritable travail d’équipe, ce tome 3 de L’Odyssée a été écrit par Clotilde Bruneau, dessiné par Giuseppe Baiguera, avec des couleurs de Scarlett Smulkowski, sous une couverture de Fred Vignaux.
La série L’Odyssée a été publiée par les éditions Glénat, dans le cadre de collection La sagesse des mythes, et elle se compose des albums « La colère de Poséidon » (Septembre 2017), « Circé la magicienne » (Septembre 2019), « La ruse de Pénélope » (Mars 2020) et « Le triomphe d’Ulysse » (Novembre 2020).

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