BD : Arkhé - Laïlah


Scénario, dessins, couleurs et couverture de Philippe Caza
Novembre 2021 – 120 pages
Éditeur : Les Humanoïdes Associés – humano.com

C’est avec une totale liberté de ton que Philippe Caza se lança, au cœur des années 1970, dans une série d’histoires courtes qui magnifiait des créatures étranges et étrangères, sur des mondes lointains. Ne faisant l’objet d’aucune censure, violence et sexualité étaient au centre de ces récits au graphisme remarquable. Les Humanoïdes Associés proposent, en cette fin d’année 2021, une compilation de ces récits complets surprenants et envoutants.


C’est dans les pages du mythique et inégalé Métal Hurlant que Caza déploie tout son art, influencé par des mythologies diverses et variées, invoquant aussi bien Éros que Thanatos dans ses bandes dessinées. Son trait peut surprendre ou dérouter.
Même s’il cite Jean-Claude Forest (1930-1998) et Guy Peellaert (1934-2008) comme ses premiers maîtres en BD, il admet d’autres influences plus classiques et plus surprenantes pour un dessinateur de petits mickeys. Ainsi, ses œuvres qu’il met lui-même en couleurs s’inspirent notamment des ambiances des peintures d’Arnold Böcklin (1827-1901).
Arkhé - Laïlah réunit une bonne partie des histoires érotico-cosmiques imaginées par Philippe Caza pour Métal Hurlant. Cela commence donc par des planches en noir et blanc dont la fort jolie « Sanguine », sublime variation sans paroles sur le paradis perdu avec une Ève et une pomme, mais sans Adam.


« Laïlah », qui donne la moitié de son titre à ce recueil et qui en occupe dix-sept pages, est composé d’une succession d’images qui ressemblent à des tableaux emplis de violence et de sexe. Le texte censé expliciter la narration, en l’absence de dialogues, n’apporte finalement presque aucune information à cette histoire de vengeance qui se suffit à elle-même graphiquement. Comme s’il pensait qu’un décryptage était nécessaire, Caza ajoute à son travail la liste de ses sources : l’article et les dessins de Michel Desimon sur le mythe cabalistique de Lilith dans Fiction n° 182 (Opta, 1969), Lilith ou la mère obscure de Jacques Bril (Payot, 1981), le Dictionnaire des Symboles (Seghers, 1974), L’occultisme de Julien Tondriau (Marabout, 1964) et les peintures de Carus, Böcklin, Keller et Fussli. Donnant ainsi, une tout autre dimension à son art.
À redécouvrir d’urgence.


On retrouve, au sommaire d’Arkhé – Laïlah, les histoires suivantes :
- « Sanguine » (Métal Hurlant n° 12, 1976)
- « Hydrogenèse » (Métal Hurlant n° 30, 1978)
- « Arkhé » (Métal Hurlant n° 74, 1980)
- « Axolotls » (Métal Hurlant n° 78, 1980)
- « M le maudit » (Métal Hurlant n° 80, 1980)
- « L’oiseau poussière » (Métal Hurlant n° 17, 1977)
- « Laïlah ou les ténèbres » (Métal Hurlant n° 91, 1983)
- « Lulla ou le dévorant »
- « Frogue ou le cloaque »

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