Scénario de Philippe Druillet – d’après Salammbô (1862) de Gustave Flaubert (1) – dessins, couleurs et couverture de Philippe Druillet
Novembre 1998 – 184 pages
Éditeur : Albin Michel
D’avril 2021 à juin 2022, le Ministère de la Culture et la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Normandie célèbrent le bicentenaire de la naissance de Gustave Flaubert. En effet, « le 12 décembre 1821, dans l’appartement de fonction de son père, chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu de Rouen (actuelle préfecture de Seine-Maritime), naissait Gustave, un enfant qui marquera le monde de sa plume précieuse et savoureuse. » Mais Gustave Flaubert est aussi, et c’est peut-être moins connu, le scénariste d’une trilogie épique en bandes dessinées ayant pour héros Lone Sloane.
Lone Sloane, c’est bien évidemment cet aventurier de l’espace créé par le dessinateur Philippe Druillet, au milieu des années 1960. C’est également l’une des icônes du mythique magazine Métal Hurlant. Et, c’est surtout l’incarnation futuriste de Mâtho, principal protagoniste de Salammbô, le deuxième livre écrit par Gustave Flaubert, en 1862, après le scandaleux succès de son incontournable Madame Bovary (1857). Après s’être attaqué aux mœurs de son époque, le romancier joue la carte du roman historique en s’inspirant de la guerre des Mercenaires qui opposa la ville de Carthage aux barbares qu’elle avait employés pendant la première guerre punique. À partir de cette situation tout à fait réelle, Flaubert invente une histoire d’amour entre Mathô, l’un des mercenaires, et Salammbô, la fille d’Hamilcar, l’un des dirigeants de Carthage. Même si Salammbô est une fiction, l’auteur s’est documenté et a visité les lieux qu’il réinvente pour ses lecteurs avec passion et conviction. Mêlant une romance qui n’a aucune chance d’aboutir à des scènes de bataille dantesque, Flaubert crée un récit intemporel dont Philippe Druillet s’empare et transforme en écrin pour son héros protéiforme, Lone Sloane.
Lone Sloane, c’est un aventurier et un solitaire. Il est un chef vénéré par ses hommes un jour et trahi par les mêmes le lendemain. Lone Sloane, c’est tout ce que Druillet a envie d’en faire. En 1980, il le transfigure en Mathô, chef de mercenaires sur une planète en guerre, dans un récit qui mêle des textes empruntés à Flaubert et ses dessins toujours aussi impressionnants. Il ne faut qu’une vingtaine de pages avant de retrouver le célèbre incipit du roman de Flaubert (« C’était à Megara, faubourg de Carthage »). Druillet parvient l’exploit de rester fidèle à son personnage et d’être également fidèle au roman de Gustave Flaubert. Le dessinateur n’hésite pas à reprendre des extraits de Salammbô, en lui imposant sa vision rétro-futuriste, les blindages des vaisseaux rivalisent avec les cuirasses antiques, les créatures monstrueuses font écho aux éléphants de guerre de Carthage, dans des doubles-pages titanesques, foisonnantes de détails. Druillet intègre parfaitement à sa trilogie le roman écrit au XIXe siècle, rendant un hommage vibrant à ce génie littéraire qu’était et reste Gustave Flaubert.
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