Cinq hommes invisibles de BD


Imaginé en 1897 par le romancier britannique Herbert George Wells (1866-1946), le personnage de l’Homme invisible (alias Grifin) a fait l’objet de plusieurs adaptations ou inspirations plus ou moins fidèles au cinéma et à la télévision, ainsi que quelques déclinaisons littéraires. Cet archétype du savant fou a bien évidemment connu plusieurs itérations en bandes dessinées. Les BD Chroniques vous proposent de découvrir une sélection de cinq de ces versions, de manière totalement partiale et complètement subjective.


Jacques Flash par Jean Ollivier, Roger Lecureux et Pierre Le Guen (Vaillant - France)
Initialement, Jacques Flash n’est qu’un de ces nombreux héros de bande dessinée qui, à l’image de Tintin, font profession de reporter. Cependant, dès sa deuxième aventure, s’ajoute un élément surnaturel lorsque l’intrépide journaliste, au cours d’une de ses enquêtes, fait la connaissance du professeur Folven, inventeur d’un sérum d’invisibilité et du contre-sérum permettant de redevenir visible. Grâce à ces potions, Jacques devient un discret mais zélé auxiliaire de police, aidant en toute discrétion à résoudre des affaires délicates.
Imaginé par le scénariste Jean Ollivier (1925-2005), Jacques Flash a d’abord été publié dans les pages du journal Vaillant, en 1956. Sa rencontre avec le professeur Folven est contée par Ollivier, assisté par Roger Lécureux (1925-1999), dans « Jacques Flash contre l’homme invisible », une histoire à suivre parue dans Vaillant n° 584 (du 22 juillet 1956) à 632 (du 21 juin 1957), mises en images par Pierre Le Guen.


Benji Doonan par John Howard et Ron Smith (IPC Magazines - GB)
Même Mega-City One a son homme invisible. Il profite de sa capacité pour commettre des vols et se permet de narguer les autorités. Ce qui n’est pas une bonne idée dans la cité qui est placée sous la protection du département de Justice et de son meilleur élément, le Judge Dredd ! Grâce à la vidéoprotection généralisée, les Judges ne tardent pas à identifier le hors-la-loi. Il s’agit de Benji Doonan, simple agent d’entretien d’Inter-Time. Cette société innovante a inventé des systèmes permettant de figer le temps. Notre voleur utilise l’un de ces mécanismes pour commettre ses larcins. Alors que le temps s’écoule normalement pour lui, une seconde dure des heures pour le reste du monde. Il paraît donc invisible aux yeux de tous, profitant de cette distorsion temporelle pour se moquer des Judges. Cependant, une balle du Lawgiver de Dredd se révèlera finalement plus rapide que tous les figeurs de temps.
Ce récit en deux parties, intitulé « The Invisible Man », a été écrit par John Howard (l’un des multiples pseudonymes de John Wagner) et dessiné par Ron Smith (1924-2019). Il a été publié dans les n° 134 (13th October 1979) et 135 (20th October 1979) de l’hebdomadaire 2000AD, réédité dans le recueil Judge Dredd - The Complete Case Files volume 3, chez Rebellion, en 2010, et traduit en français par Philippe Touboul pour le tome 4 de Judge Dredd: Les affaires classées, chez Delirium, en 2019.


Hawley Griffin de la League of Extraordinary Gentlemen par Alan Moore et Kevin O’Neill (Wildstorm Comics/America’s Best Comics - USA)
Lorsqu’il compose sa Ligue des Gentemen Extraordinaires, Alan Moore convoque quelques-uns des plus grands héros de la littérature de l’époque victorienne. Pour défendre le Royaume de Sa Majesté de menaces non conventionnelles, le mystérieux « M », alias le professeur James Moriarty (apparu dans la nouvelle « Le dernier problème » face au Sherlock Holmes de Sir Arthur Conan Doyle, 1893), charge Mina Harker (du Dracula de Bram Stoker, 1897) de réunir une équipe dont les membres sont dotés de capacités peu communes. On retrouve ainsi Allan Quatermain (l’archétype de l’aventurier emprunté aux Mines du Roi Salomon de Henry Ridder Haggard, 1885), le capitaine Nemo et son sous-marin le Nautilus (de Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne, 1869), le docteur Henry Jekyll (de L’étrange cas du docteur Jekyll et de Mister Hyde de Robert Louis Stevenson, 1886) et Griffin (que Moore prénomme Hawley, issu de L’Homme invisible). Il entraîne ce groupe hétéroclite dans une aventure où chaque dialogue, chaque image, chaque détail est mûrement réfléchi avec un infernal jeu de références. Le Griffin de Moore profite de son invisibilité pour visiter le dortoir des filles et Mina le démasque avec de la peinture blanche, avant de l’intégrer à son équipe.
The League of Extraordinary Gentlemen a été publiée par America’s Best Comics, un label de Wildstorm Comics, en six épisodes de 1999 à 2000. Les deux volumes de la version française ont paru, sous les couleurs des Éditions USA, en 2001.


Ward l'invisibile par Carmelo Gozzo et Piercarlo Macchi / Studio If (Ediperiodici - Italie)
Pour représenter l’Italie, il eut été facile de convoquer Le Parfum de l’invisible de Milo Manara et ses deux tomes parus dans la collection L’Écho des Savanes d’Albin Michel, en 1986 et 1995, mais il est bien plus amusant de faire un détour par les petits formats pour adultes d’Ediperiodici. Cette maison d’édition italienne proposait des histoires policières, fantastiques ou de SF avec une bonne dose d’érotisme, voire de pornographie. Ward, le jeune héros de cette série coquine, est accidentellement et définitivement rendu invisible par une invention du professeur Laughridge. Ne pouvant plus être groom, son métier d'origine (comme un certain Spirou), il s’associe à la seule personne qui connaît son secret la détective privée Penny Alcott. Ses capacités spéciales lui permettent d’espionner les couples infidèles, même s’il a du mal à cacher la caméra qui doit lui servir à recueillir les indispensables preuves.
Écrites par Carmelo Gozzo et dessinées par Piercarlo Macchi et le Studio If, les aventures de Ward l’invisibile n’ont connu que sept épisodes, de 1988 à 1989, en Italie, et une version française a été proposée, par Novel Press, dans les premiers numéros du bimestriel BD Hard.


Invisible Woman par Pat Shand et Rodrigo Xavier (Zenescope Entertainment – USA)
Dans un évident souci de parité, il ne faut pas oublier de présenter une version féminine de l’homme invisible à savoir Invisible Woman ! Et, parce qu’il n’y a pas que Marvel dans la vie, voici l’Invisible Woman du Grimm Universe ! Cette dernière est l’adversaire de Liesel Van Helsing dans une aventure fort justement intitulée Van Helsing – Invisible Woman. Poursuivant leur quête pour débarrasser la Terre des créatures surnaturelles venues des mondes parallèles qui composent le Grimm Universe, Liesel et son amie Julie affrontent un ennemi qui profite de son invisibilité pour les surprendre. Fort heureusement, quelques coups de poing bien placés, un peu de sang et une bonne décharge électrique auront (provisoirement) raison de cette Invisible Woman qui se révèle être une version maléfique de Julie.
Le one-shot Van Helsing – Invisible Woman a été publié par Zenescope Entertainment, en août 2021. Cette histoire originale, concoctée par Joe Brusha, Ralph Tedesco, Dave Franchini et Pat Shand, est illustrée par Rodrigo Xavier.
 
Rhona Mitra victime du Hollow Man (l'homme invisible vu par Paul Verhoeven en 2000)

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