À quelques jours de l’anniversaire de la naissance du romancier et nouvelliste Edgar Allan Poe, né le 19 janvier 1819, et en hommage à l’artiste internationalement reconnu qu’était et reste Richard Corben (1940-2020), voici un petit tour d’horizon des adaptations réunissant ces deux grands noms du fantastique.
Dès le début de sa carrière de dessinateur, Richard Vance Corben alias Gore se plaît à faire peur avec des histoires de terreur sorties tout droit de son imagination fertile ou s’inspirant librement des textes de ces maîtres de l’horreur littéraire que sont Howard Phillips Lovecraft et Edgar Allan Poe. On peut ainsi découvrir sa version de la nouvelle « The Rats in the Walls » de Lovecraft dans le comix underground Skull Comics n° 5 (Last Gap en 1972). Mais, c’est en rejoignant l’équipe de James Warren, éditeur de Creepy, qu’il rencontre véritablement l’œuvre d’Edgar Allan Poe. À cette époque, le magazine compte sur la popularité du romancier de Baltimore, dont certains textes ont été adaptés au cinéma par Roger Corman, et le scénariste Richard Margopoulos est à la manœuvre transformant pas moins d’une douzaine de nouvelles de Poe en récits horrifiques pour Creepy avec les auteurs maison. Corben met tout son talent au service du scénario de Margopoulos.
Ce dernier construit sa prose à partir des vers de « The Raven » pour le 67e numéro de Creepy (Warren en 1974). Corben profite de l’occasion pour faire évoluer ses méthodes de travail. Il commence à utiliser des modèles vivants pour dessiner. Ce sont ses amis Herb et Diana Arnold qui apportent ainsi cette touche réaliste à un huis clos fantastique à trois personnages : le narrateur, Lenore et le corbeau. La mise en couleurs, avec des dominantes rouge ou bleue, selon la perspective, vient habilement contrecarrer le souci de réalisme du graphisme pour créer des ambiances inquiétantes à souhait. Margopoulos et Corben récidivent avec « The Oval Portrait » et « Shadow » publiées respectivement dans les numéros 69 et 70 (Warren en 1975).
Même si Richard Corben touche à tous les genres de BD au cours de sa carrière de dessinateur : horreur, fantasy, science fiction et même super-héros, il revient régulièrement vers Edgar Allan Poe. À la recherche de l’adaptation parfaite, le maître du grotesque graphique réinvente à plusieurs reprises les nouvelles de l’auteur des Contes du Grotesque et de l’Arabesque. En 1984, pour l’un des premiers éditeurs indépendants, Pacfic Comics, il adapte ainsi, en 28 pages, « The Fall of the House of Usher », avec une mise en couleurs signée par Herb et Diana Arnold. Quelques années plus tard, il en donne une nouvelle vision en 44 planches, chez Dark Horse Comics, avec les deux numéros de Edgar Allan Poe's The Fall of the House of Usher (en 2013). Il ajoute sa touche personnelle à cette version avec le personnage de Mag the Hag qui apporte un point de vue extérieur au récit. Au début des années 2000, il participe à plusieurs titres du label MAX de Marvel Comics, dirigé par Axel Alonso. Pour Marvel. Il signe ainsi les dessins de la mini-série Cage et du one-shot Punisher: The End, destinés à un public adulte et averti. On lui offre alors la possibilité de revenir à ses premières amours avec deux triptyques horrifiques : Haunt of Horror: Lovecraft et surtout Haunt of Horror: Poe. En 2006, il compile et modernise, toujours avec son vieux complice Richard Margopoulos, une petite dizaine de nouvelles d’Edgar Allan Poe, à commencer par son poème « The Raven » qu’il revisite graphiquement. Six ans plus tard, alors qu’il collabore épisodiquement aux aventures d’Hellboy pour son ami Mike Mignola, Dark Horse Comics lui permet de proposer sa vision ultime de l’œuvre d’Edgar Allan Poe. Cette fois, Richard Corben se charge du dessin et de la mise en couleurs, assisté par sa fille Beth Reed Corben, ainsi que de l’adaptation littéraire. S’il prend quelques libertés avec les écrits originaux, il retranscrit pleinement les impressions qu’il a ressenties à la lecture des mots d’Edgar Allan Poe. Pour faire le lien entre les quatorze textes adaptés, il invente le personnage de Mag the Hag, qui, à l’image de l’Oncle Creepy ou du Cousin Eerie, apparaît au début et à la fin du récit en s’adressant directement aux lecteurs. Parmi les histoires, publiées sous forme de one-shots et séries limitées, puis réunies dans un superbe trade paperback intitulé Edgar Allan Poe’s Spirits of the Dead (en 2014), il offre à découvrir une troisième et dernière version de « The Raven » qui est en quelque sorte le fil rouge de sa vie d’artiste.
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